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À Bobigny, des données pour sortir la nutrition des slogans

Mathilde Touvier, chercheuse à Bobigny, prend la présidence du PNNS 5. Son équipe éclaire le passage du conseil nutritionnel aux règles publiques.

Assiettes et données nutritionnelles

Le 7 juillet, la Dre Mathilde Touvier a pris la présidence du cinquième Programme national nutrition santé dans les locaux de son équipe de recherche, à Bobigny. La directrice de l’EREN, au sein du CRESS et de Sorbonne Paris Nord, arrive à la tête du programme national avec un savoir-faire précis : produire les preuves qui permettent de parler moins vaguement de ce que la France mange.

Depuis plus de vingt ans, la politique nutritionnelle française a appris à parler aux consommateurs. “Manger cinq fruits et légumes par jour”, lire une étiquette, bouger davantage : ces messages ont installé un vocabulaire commun. Le PNNS 5 s’attaque à une marche plus difficile. Il ne suffit plus de conseiller des individus dans un supermarché saturé de produits sucrés, salés, ultra-transformés ou poussés par la publicité. Il faut aussi agir sur l’environnement alimentaire lui-même.

Le travail mené à Bobigny prend ici de la valeur publique. L’EREN étudie les liens entre alimentation, activité physique, sédentarité et santé, en croisant cohortes, données biologiques, comportements et interventions. Sa cohorte NutriNet-Santé suit environ 182 000 participants depuis 2009. Ce type d’outil ne dit pas seulement si un aliment est “bon” ou “mauvais”. Il aide à documenter des questions beaucoup plus politiques : quels produits exposent le plus les enfants au sucre ? Comment mesurer l’effet des aliments ultra-transformés ? Le Nutri-Score change-t-il vraiment les achats ? Quelles inégalités se cachent derrière un conseil alimentaire apparemment simple ?

Le nouveau PNNS met justement sur la table ces sujets moins confortables : réduction du sucre dans les produits destinés aux enfants, déploiement plus large du Nutri-Score, encadrement du marketing alimentaire visant les jeunes et place de la restauration collective. Dans un entretien récent à France Assos Santé, Mathilde Touvier rappelait la limite de l’exercice : tant que certaines mesures restent volontaires, leur portée dépend de l’acceptation des acteurs économiques. Le Nutri-Score, adopté en France depuis 2017 sur une base volontaire, a déjà montré cette tension entre preuve scientifique, décisions ministérielles, intérêts de filières et lobbying agroalimentaire.

Pour la Seine-Saint-Denis, l’histoire n’est pas seulement une fierté universitaire. Le département connaît de plein fouet le versant social de la nutrition : le conseil de mieux manger sonne différemment selon le revenu, le temps disponible, le prix des produits frais, l’offre autour de chez soi ou la cantine des enfants. Le Département rappelait en 2025 que 27,6 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, bien davantage que la moyenne métropolitaine. Ici, l’alimentation saine n’est pas un raffinement de consommateur averti. C’est une question de santé publique ordinaire.

La nomination de Mathilde Touvier ne crée donc pas à elle seule une nouvelle règle, un nouveau budget ou une obligation pour les industriels. Elle signale autre chose : une recherche installée à Bobigny prend place dans la gouvernance d’un programme national au moment où la nutrition publique quitte peu à peu le seul registre du conseil individuel. Dans les bureaux de l’EREN, rue Marcel-Cachin, les données de milliers d’assiettes peuvent finir par orienter une étiquette, une recette, une publicité pour enfants ou le menu d’une cantine.

Sources consultées
  1. Université Sorbonne Paris NordNutrition : Mathilde Touvier prend la présidence du 5ᵉ Programme national nutrition santé
  2. CRESSPNNS 5 : une nouvelle ambition pour la santé nutritionnelle des Français portée par Mathilde Touvier
  3. CRESSNutrition de santé publique : de la recherche à l’action
  4. France Assos Santé« L’idéal serait d’aller vers l’obligation pour le Nutri-Score et d’autres mesures du programme », Mathilde Touvier, présidente du Programme National Nutrition Santé (PNNS) 5
  5. Haute Autorité de SantéSurpoids et obésité chez l’enfant et l’adulte : quel parcours de soins ?
  6. Département de la Seine-Saint-DenisVital’Im efficace contre la précarité alimentaire