Article

En Seine-Saint-Denis, protéger un enfant commence souvent par une alerte

Derrière le 119, la protection de l’enfance repose aussi sur la CRIP, l’ASE, la PMI et des professionnels assez nombreux pour évaluer.

Alerte enfance en Seine-Saint-Denis

En Seine-Saint-Denis, le Département remet en avant un geste simple et décisif: signaler ou demander conseil quand un enfant semble en danger. Le geste paraît individuel, presque intime. Il ouvre en réalité sur l’une des chaînes publiques les plus sensibles du département: transformer un doute en évaluation, puis, si nécessaire, en protection.

Le premier réflexe peut passer par le 119, numéro national gratuit et confidentiel, joignable tous les jours. Les enfants, les adolescents, les proches, les voisins ou les professionnels peuvent aussi utiliser les services en ligne du 119. Si un danger ou un risque est identifié, le 119 transmet un compte rendu à la cellule de recueil des informations préoccupantes, la CRIP, du département concerné. En cas de danger grave et immédiat, l’alerte doit partir vers les urgences, la police, les pompiers ou le Samu.

Ce circuit national ne remplace pas le travail local. En Seine-Saint-Denis, les données publiées par le Département dans ses offres d’emploi donnent l’ordre de grandeur: la Direction de l’enfance et de la famille compte environ 3 100 agents et 320 millions d’euros de budget de fonctionnement; l’aide sociale à l’enfance s’appuie sur environ 600 agents, 22 circonscriptions, une CRIP et près de 520 assistants familiaux. Le Département évoquait aussi, fin 2024, 9 300 enfants et jeunes majeurs accompagnés par l’ASE.

La protection de l’enfance n’est donc pas seulement une affaire de places d’accueil. Elle tient aussi à ce qui se passe avant: repérer, écouter, prioriser, aller voir, croiser les regards de l’ASE, de la PMI et du service social. Une offre récente pour renforcer la CRIP décrit justement une équipe appelée à appuyer les circonscriptions dans l’évaluation des informations préoccupantes, pour répondre aux urgences ou aux surcharges de travail. Une alerte n’aide un enfant que si quelqu’un peut la traiter.

Dans un département jeune, dense, socialement tendu, où l’ASE accompagne des milliers de mineurs et jeunes majeurs, le système dépend d’une présence territoriale fine. Les 22 circonscriptions ne sont pas un décor administratif. Elles sont les points où une inquiétude d’école, de crèche, de PMI, de voisinage ou de famille peut devenir une évaluation, puis une mesure d’aide ou de protection.

Le Département sait aussi que cette chaîne repose sur des métiers difficiles à pourvoir. Il propose des bourses de 800 euros par mois en avant-dernière année de formation et de 1 000 euros en dernière année à de futurs travailleurs sociaux, en échange d’un engagement de trois ou quatre ans dans ses circonscriptions ASE. Ces bourses disent aussi la difficulté à recruter.

La Drees comptait 392 600 enfants et jeunes de moins de 21 ans bénéficiant d’une mesure d’aide sociale à l’enfance fin 2024. La Seine-Saint-Denis s’inscrit dans cette pression nationale: plus la protection de l’enfance est sollicitée, plus son efficacité dépend de la capacité à intervenir avant que les situations ne basculent dans l’urgence.

Dans ce système, appeler, écrire ou transmettre une inquiétude ne décide pas du sort d’un enfant. Cela ouvre une porte. Encore faut-il qu’au bout de cette porte, à Bobigny comme dans les circonscriptions ASE du département, il y ait assez de professionnels pour lire, évaluer et agir.

Sources consultées
  1. Service-Public.frSi vous pensez qu’un enfant est en danger, appelez le 119
  2. Département de la Seine-Saint-DenisDes travailleurs sociaux en circonscription ASE (TS) H/F
  3. Département de la Seine-Saint-DenisUn·e assistant sociale chargé·e de l’évaluation des IP à la CRIP H/F
  4. Département de la Seine-Saint-DenisLe Département propose des bourses pour devenir travailleur·se social·e H/F
  5. DreesFin 2024, 392 600 enfants et jeunes de moins de 21 ans bénéficient d’une mesure d’aide sociale à l’enfance