Plaine Commune a lancé la recherche d’un exploitant pour le futur centre aquatique de Villetaneuse. Le bâtiment n’est pas encore ouvert, mais le choix de sa gestion dit déjà quelque chose: la piscine de demain ne sera plus seulement un équipement communal, mais une pièce du réseau aquatique intercommunal.
Le projet est connu dans ses grandes lignes. Construit à l’emplacement de l’ancienne piscine municipale, le centre doit comprendre un bassin sportif de 25 mètres avec six lignes d’eau, un bassin polyvalent avec jeux d’eau et balnéothérapie, un espace bien-être, une terrasse et un solarium. Plaine Commune annonce une capacité de 600 baigneurs, sur une parcelle de 8 886 m², pour un coût de 19 millions d’euros cofinancé avec l’État, la Métropole du Grand Paris et le Département. L’établissement public territorial annonce une fin de travaux fin 2026, tandis que sa page générale sur les piscines évoque une ouverture au premier semestre 2027.
Cet écart de calendrier compte moins que le mouvement de fond. Villetaneuse n’est pas un équipement isolé que l’on remettrait simplement sur pied. Il s’inscrit dans une réorganisation plus large: Plaine Commune reprend progressivement la main sur des piscines autrefois pensées ville par ville. Au 1er janvier 2025, l’établissement public territorial indiquait gérer déjà La Baleine à Saint-Denis et Claire Supiot à Pierrefitte-sur-Seine. Il prévoit aussi d’avoir la gestion du futur centre de Villetaneuse, de l’extension de Claire Supiot et du bassin rénové de l’Île-des-Vannes.
La logique est lisible. Une piscine coûte cher à construire, cher à chauffer, cher à maintenir, et elle ne sert pas seulement au nageur du dimanche. Elle doit absorber les scolaires, les clubs, les familles, les activités encadrées, parfois des usages de santé ou de détente. À l’échelle d’une commune, le moindre bassin fermé peut casser un planning entier. À l’échelle d’un territoire, on peut répartir les créneaux, harmoniser les tarifs, mutualiser une partie des coûts et du savoir-faire.
C’est particulièrement sensible en Seine-Saint-Denis. Plaine Commune rappelle que près de 60 % des enfants entrant en sixième dans le département ne savent pas nager. Le constat dépasse le sport: le ministère des Sports inscrit le savoir-nager dans la prévention des noyades et dans le parcours scolaire. Un bassin, ici, est aussi un lieu d’apprentissage, avec des maîtres-nageurs, des cars, des horaires et une facture énergétique.
L’appel à exploitant arrive au bon moment du chantier: assez tôt pour préparer l’ouverture, le fonctionnement quotidien, les activités, la billetterie, les plannings scolaires et l’entretien. C’est la partie moins visible d’un centre aquatique, mais souvent la plus décisive. Une belle piscine mal exploitée devient vite un lieu rare, cher ou fermé aux heures utiles.
Après le passage du centre nautique Marlène-Peratou d’Aubervilliers dans le réseau de Plaine Commune, Villetaneuse confirme donc une bascule: la réponse au manque de bassins ne se joue pas seulement dans le béton neuf, mais dans la capacité à organiser un service public continu entre plusieurs communes. Pour les habitants, la promesse se mesurera simplement, une fois les portes ouvertes: des créneaux, des tarifs lisibles, des enfants qui apprennent à nager, et une piscine qui tient dans la durée à Villetaneuse.