À La Courneuve et aux Lilas, trois associations viennent de naître à la même échelle : l’immeuble. Pas la grande scène municipale, pas la réunion publique avec micros, mais le hall, les boîtes aux lettres, les charges, la propreté, les voisins âgés, les demandes au bailleur.
L’Amicale CNL Jaurès-Rateau a été déclarée le 17 juin, avec un siège rue Rateau à La Courneuve. Son objet tient dans une formule large : défendre les intérêts des résidents sur l’habitat, l’urbanisme et l’environnement. Le texte descend ensuite dans le quotidien : loyers, prestations, équipements énergétiques, santé publique, terrains de jeux, fêtes, activités culturelles, sportives et éducation populaire. Une amicale de locataires, dans cette tradition, ne sert pas seulement à protester. Elle sert aussi à se compter, à désigner des interlocuteurs, à transformer des plaintes dispersées en demande collective.
Aux Lilas, le Collectif du 180 a été déclaré deux jours plus tard, au 180 rue de Paris. Il vise la résidence située au 176-180 rue de Paris et annonce vouloir représenter les habitants auprès du bailleur, des institutions et des partenaires. Le vocabulaire est celui d’une résidence à tenir ensemble : cadre de vie, salubrité, tranquillité résidentielle, réunions, signalement des désordres, démarches collectives, actions légales. Rien, dans la déclaration officielle, ne permet d’établir l’état réel de l’immeuble. Elle montre en revanche que des habitants veulent parler d’une seule voix.
Le troisième cas, WECHE LE VOISE COURNEUVE, déclaré le 25 juin rue Alice-Guy à La Courneuve, s’éloigne un peu du registre strict des locataires. L’association dit vouloir créer un lien de confiance entre voisins, favoriser la sérénité, la propreté et la sécurité dans les immeubles, veiller aux seniors et sensibiliser les jeunes aux problèmes de délinquance et de drogue. Le texte a ses maladresses, mais il a aussi sa franchise : la vie d’immeuble se joue autant dans les relations de voisinage que dans les courriers recommandés.
Ces trois déclarations, visibles seulement parce qu’elles passent par le Journal officiel, disent quelque chose de la Seine-Saint-Denis. Le département comptait 240 866 logements sociaux au 1er janvier 2025, soit plus d’un sixième du parc social francilien. Quand une part aussi forte de la vie quotidienne se déroule dans de grands ensembles, des résidences mixtes ou des immeubles très denses, l’association devient parfois un outil de proximité aussi utile qu’un club ou une fête de quartier.
Après une création comparable à Aubervilliers, ces trois nouvelles déclarations ne dessinent pas une vague à elles seules. Elles ajoutent plutôt trois adresses à une carte discrète : rue Rateau, rue de Paris, rue Alice-Guy. Trois endroits où des habitants ont décidé que l’immeuble pouvait avoir une voix.
Sources consultées
- Journal officiel des associations et fondations d’entrepriseAMICALE CNL JAURES-RATEAU, annonce n°2446 du JOAFE n°20260026
- Journal officiel des associations et fondations d’entrepriseCOLLECTIF DU 180, annonce n°2448 du JOAFE n°20260026
- Journal officiel des associations et fondations d’entrepriseWECHE LE VOISE COURNEUVE, annonce n°2462 du JOAFE n°20260026
- DRIHL Île-de-FranceLe parc social de la Seine-Saint-Denis au 1er janvier 2025