Le Département de la Seine-Saint-Denis a fait paraître au BOAMP, le 15 juin, un avis lié à son marché d’accompagnement des porteurs de projets d’habitat inclusif. Il ne s’agit pas d’un chantier, mais d’un accord-cadre de services de 36 mois, estimé à 60 000 euros hors taxes.
Ce marché montre que l’habitat inclusif, avant d’être une adresse, est un montage à faire tenir. Il faut trouver des logements, convaincre un bailleur ou une commune, réunir des habitants, écrire un projet de vie sociale, prévoir l’animation, équilibrer le modèle économique et savoir qui fait quoi lorsque le lieu ouvre vraiment.
En Seine-Saint-Denis, cette mécanique compte particulièrement. Dans une présentation au Comité régional de l’habitat et de l’hébergement d’Île-de-France, le Département rappelait que le nombre de personnes de plus de 75 ans devrait doubler d’ici 2050 pour atteindre 165 000 habitants. Il y pointait aussi une offre de places en établissement médico-social plus faible que la moyenne régionale : 14,7 places en institution pour 100 personnes âgées dépendantes, contre 19,6 en Île-de-France.
L’habitat inclusif vise des personnes âgées ou en situation de handicap qui vivent dans un logement ordinaire, regroupé ou partagé, avec un projet de vie sociale et partagée. Il ne finance pas l’aide quotidienne à la toilette, aux repas ou aux soins. L’Aide à la vie partagée sert d’abord à soutenir l’animation et la coordination de cette vie commune. C’est une pièce du puzzle, pas le puzzle entier.
Le Département travaille déjà ce levier depuis plusieurs années. Avant que l’aide à la vie partagée ne finance les lieux déjà opérationnels, il avait adopté un soutien à l’émergence : 15 000 à 30 000 euros d’aide à l’ingénierie par porteur de projet, et jusqu’à 75 000 euros d’aide à l’investissement par projet. Ces crédits peuvent servir à repérer une opportunité foncière ou immobilière, construire des partenariats, identifier les futurs habitants, adapter des espaces ou financer des lieux communs.
Le marché d’accompagnement prolonge ce travail par une autre dépense, plus discrète encore : former, mettre en réseau, organiser des échanges de pratiques, aider à tenir une journée annuelle et préparer une étude d’impact. Un précédent accompagnement confié à Familles Solidaires avait concerné 27 porteurs de projets et 11 animateurs-coordinateurs pendant huit mois. Selon ce retour d’expérience, le Département a soutenu 17 projets en 2022, 14 en 2023 et 10 en 2024.
Le lien avec le reste de la politique d’autonomie est direct. La Clé Publique a déjà raconté que, pour le handicap en Seine-Saint-Denis, une notification ne fait pas une place. L’habitat inclusif ne remplace pas les réponses médico-sociales manquantes, mais il ajoute une forme possible entre le domicile isolé et l’établissement, dans un département où le logement, la précarité et la perte d’autonomie se rencontrent souvent.
Le sujet dépasse aussi la Seine-Saint-Denis. Un rapport IGAS-IGEDD publié en mai 2026 souligne que les habitats inclusifs, souvent de petite taille, peinent à atteindre leur équilibre économique. Cela donne du sens à la dépense locale : 60 000 euros ne font pas naître des dizaines de lieux de vie, mais peuvent éviter que chaque association, bailleur ou collectif reparte seul de zéro.
Pour le Département, l’enjeu pratique est concret : transformer des intentions d’habiter autrement en projets capables d’ouvrir, puis de durer. En Seine-Saint-Denis, l’habitat inclusif se fabrique avant les clés, dans les réunions, les arbitrages de loyers et le choix patient des futurs habitants.
Sources consultées
- BOAMPAvis n° 26-24675 du 10/03/2026
- Marchés publics Seine-Saint-Denis / AWSAccompagnement des porteurs de projets d’habitat inclusif en Seine-Saint-Denis
- DRIHL Île-de-France / CRHHComité régional de l’habitat et de l’hébergement d’Île-de-France, séance du 16 décembre 2022
- Familles SolidairesRetour sur la mission d’accompagnement du département Seine-Saint-Denis
- CNSAAide à la vie sociale et partagée et le forfait habitat inclusif
- IGASMission inter-inspections relative aux diverses formes d’habitat partagé adapté au vieillissement