À Vaujours, la fosse d’Aiguisy n’est pas un simple trou dans le paysage. C’est une carrière de gypse de 43 hectares, portée par Placoplatre, aux abords d’un ancien fort dont le nom reste chargé dans les mémoires locales.
Le 13 mai 2026, la préfecture de Seine-Saint-Denis a signé un arrêté complémentaire pour régulariser l’autorisation de la carrière de Vaujours-Guisy. Le mot est discret, mais il raconte une séquence précise: l’autorisation préfectorale de 2023 avait été suspendue en juillet 2024 par le tribunal administratif de Montreuil, le temps de corriger plusieurs faiblesses du dossier.
Quatre points ont été remis sur la table: la possible pollution radiologique des sols, les émissions de gaz à effet de serre et leur compensation, la protection des chauves-souris, et la justification d’une raison impérative d’intérêt public majeur. Autrement dit: sols, climat, biodiversité et utilité publique. Pour une carrière, ce n’est pas exactement de la paperasse.
Placoplatre présente Vaujours-Guisy comme un relais de la carrière souterraine de Bernouille, destiné à alimenter l’usine de Vaujours. L’extraction autorisée atteint 460 000 tonnes de gypse par an en moyenne, pour une durée annoncée de seize ans. Ce gypse sert à fabriquer du plâtre, matériau banal en apparence, mais essentiel aux logements, bureaux et chantiers de la région.
Le dossier dépasse donc Vaujours par ce qu’il alimente, tout en restant très local par ce qu’il impose. L’Île-de-France a besoin de matériaux de construction proches, pour éviter de faire venir toujours plus loin ce qu’elle consomme. Mais ces ressources ne sortent pas d’un tableau Excel: elles viennent de carrières, avec des sols à vérifier, des espèces à protéger, des émissions à compenser, des riverains à convaincre et des prescriptions à faire respecter.
La régularisation ne transforme donc pas le site en page blanche. Elle fixe plutôt un nouveau cadre de contrôle après l’intervention du juge. La suite se lira dans les obligations concrètes imposées à l’exploitant: suivi des sols, mesures environnementales, conditions d’exploitation, remise en état, surveillance des impacts.
À Vaujours, le plâtre francilien commence par une décision préfectorale très locale. Et aussi par quelques chauves-souris: dans un dossier industriel, les petits habitants du site comptent parfois autant que les grands volumes extraits.
Sources consultées
- Préfecture de Seine-Saint-DenisRégularisation - Vaujours – Carrière PLACOPLATRE de Vaujours-Guisy
- Registre numérique d’enquête publiqueDemande de régularisation de l’autorisation environnementale Vaujours
- Tribunal administratif de Montreuil via DoctrineTA Montreuil, 2e chambre, 25 juillet 2024, n° 2310734
- PlacoplatreCarrière de Vaujours-Guisy
- DRIEAT Île-de-FranceSchéma régional des carrières d’Île-de-France