Article

À Saint-Ouen, les restes de l’incinérateur prennent la Seine

Le Syctom relance le marché des mâchefers produits à Saint-Ouen et Ivry. À L’Étoile Verte, ces résidus partent désormais par péniche.

Convoyeur de mâchefers vers la Seine

À Saint-Ouen, un convoyeur de 130 mètres emporte désormais vers la Seine ce qui reste après l’incinération des ordures ménagères. Pas les fumées, pas les cendres fines : les mâchefers, ces résidus minéraux gris qui tombent au fond du four quand les déchets ont brûlé.

Le Syctom vient de relancer le contrat qui organise cette chaîne discrète. La consultation porte sur le transport, le traitement et la valorisation des mâchefers produits par deux grandes unités : Saint-Ouen L’Étoile Verte, en Seine-Saint-Denis, et Ivry Paris XIII L’Interval. Les offres peuvent être déposées jusqu’au 7 juillet 2026.

Le volume donne l’échelle. Le marché peut couvrir jusqu’à 157 500 tonnes par an, soit 630 000 tonnes sur quatre ans. Il ne s’agit pas seulement de déplacer des tonnes de matière grise. Le prestataire devra assurer le transport fluvial, prévoir une solution routière si besoin, réceptionner les mâchefers dans une installation de maturation et d’élaboration, extraire les métaux, réaliser des analyses, suivre les lots et orienter ce qui peut l’être vers des usages autorisés.

À Saint-Ouen, cette logistique a changé de visage. Le Syctom a mis en service industriellement, fin 2025, un système de transbordement qui relie le parc de stockage des mâchefers à la Seine, au-dessus de la RD1. L’objectif annoncé est d’éviter près de 2 800 trajets de camions par an et d’évacuer, à terme, 81 000 tonnes de mâchefers par voie fluviale.

La valorisation n’est pas automatique. En France, les mâchefers d’incinération de déchets non dangereux peuvent être utilisés dans certains travaux routiers, mais seulement après tri, maturation et contrôles environnementaux. Les analyses vérifient notamment ce que la matière pourrait relarguer au contact de l’eau. Les usages restent encadrés, dans des ouvrages revêtus ou recouverts.

Le marché décrit donc l’après-incinération dans ses gestes concrets. Il faut charger, embarquer, cribler, séparer les métaux, analyser, tracer, réutiliser parfois, écarter quand il le faut. Après le geste banal de jeter un sac, il reste encore toute une chaîne industrielle.

L’Étoile Verte reçoit les ordures ménagères résiduelles de Saint-Ouen et de seize autres communes adhérentes du Syctom. L’usine produit de la chaleur et de l’électricité, mais elle laisse aussi ces tonnes de matière qu’il faut faire circuler, contrôler et, quand les règles le permettent, remettre dans un usage.

Le nouveau marché rend visible cette mécanique cachée. À Saint-Ouen, les déchets ne disparaissent pas dans la chaleur du four. Ce qui reste passe par un convoyeur, la Seine, des analyses et des tris avant de pouvoir rejoindre, parfois, les matériaux des travaux publics. Même brûlés, les déchets ont encore un trajet à faire.

Sources consultées
  1. Maximilien, portail des marchés publics franciliensDétail de la consultation 26004, Transport, traitement et valorisation des mâchefers produits par les UVE de Saint-Ouen L’Étoile Verte et d’Ivry Paris XIII L’Interval
  2. SyctomL’Étoile Verte à Saint-Ouen-sur-Seine
  3. SyctomMise en service du système de transbordement fluvial des mâchefers à L’Étoile Verte
  4. LégifranceArrêté du 18 novembre 2011 relatif au recyclage en technique routière des mâchefers d’incinération de déchets non dangereux
  5. CeremaAcceptabilité environnementale de matériaux alternatifs en technique routière : les mâchefers d’incinération de déchets non dangereux