À Youri-Gagarine, changer d’énergie commence par des tuyaux. Dans ce quartier de Romainville, les chaufferies au gaz doivent laisser place au raccordement au réseau de chaleur géothermique UniGéo. Pour les habitants, la bascule ne se remarquera pas forcément dans les radiateurs. Elle se joue plutôt dans les rues, les caves, les locaux techniques et les sous-stations.
UniGéo vient de lancer un marché public pour étendre son réseau de chauffage urbain dans la ville. L’avis porte sur 5,5 millions d’euros hors taxes de travaux, répartis en deux lots: le nord et le sud de Romainville. Il prévoit la fourniture et la pose des installations hydrauliques, thermiques, électriques et de communication nécessaires au raccordement des abonnés.
Le mot “réseau” peut sembler abstrait. Sur le terrain, il signifie une chose très physique: ouvrir des voies, poser des canalisations, créer des points de livraison, adapter les chaufferies existantes, puis alimenter les bâtiments par une chaleur produite ailleurs. Dans le cas d’UniGéo, cette chaleur vient de la géothermie, avec un forage situé aux Lilas, avant de circuler vers plusieurs communes de l’Est parisien, dont Romainville, Pantin et Le Pré-Saint-Gervais.
Le quartier Youri-Gagarine donne le meilleur aperçu du changement. Lors d’un comité de pilotage citoyen en novembre 2025, UniGéo y a présenté le raccordement comme un remplacement du chauffage au gaz, alors décrit comme l’unique source de chaleur du quartier. Après travaux, la part d’énergie renouvelable dans le mix du réseau devait atteindre 65 %.
La bascule doit rester courte à l’échelle d’un immeuble: entre une demi-journée et une journée de coupure, généralement en été pour limiter la gêne. Pour la tour A, les travaux de déploiement engagés en septembre étaient presque terminés, avec une fin de raccordement prévue début 2026. Pour les autres bâtiments de Seine-Saint-Denis habitat, la planification se poursuit avec SPL Ensemble, avec des raccordements à partir de 2026.
Le marché publié fin mai prend alors un sens plus concret qu’un simple avis technique. Il ne donne pas encore la carte fine des rues concernées, ni le calendrier de chantier par tronçon. Mais il fixe déjà une échelle: deux secteurs de Romainville, vingt-quatre mois estimés par lot, et une extension pensée pour raccorder de nouveaux abonnés.
Dans les communes denses, sortir du gaz ne passe pas toujours par des gestes visibles depuis un appartement. Une partie du changement se joue dans des infrastructures communes, sous les trottoirs, entre les immeubles et les chaufferies. Le chauffage urbain n’est pas une solution magique: il dépend de son mix énergétique, de ses coûts, de ses abonnés et de la qualité du chantier. Mais dans une ville d’immeubles, il apporte une réponse à l’échelle des bâtiments raccordés.
À Romainville, la transition énergétique aura donc un visage assez simple: des rues ouvertes pendant les travaux, puis moins de chaudières au gaz dans les bâtiments raccordés. Ce n’est pas très lyrique. En hiver, on préfère surtout que cela fonctionne.
Sources consultées
- BOAMP / France MarchésAvis n° 26-52031, Extension du réseau de chauffage urbain UniGéo sur la ville de Romainville
- Ville de RomainvilleCOPIL Citoyen n°18, 13 novembre 2025, Partie 2
- Est EnsembleÉnergies renouvelables et réseaux de chaleur
- Métropole du Grand ParisFonds Énergies métropolitain, convention de partenariat et de financement avec la SPL UniGéo
- La Fabrique de la CitéLe réseau de chaleur géothermique UniGéo, Les Lilas, Pantin, Le Pré-Saint-Gervais, Romainville