À Saint-Denis, l’interprétariat hospitalier n’est pas traité comme un simple dépannage. Le GHT Plaine de France a attribué trois marchés pour organiser la traduction et l’interprétation dans ses établissements, dont les hôpitaux Delafontaine et Casanova, à Saint-Denis, ainsi que le centre hospitalier de Gonesse.
Le dispositif couvre trois besoins différents: traduire des documents médicaux et administratifs, faire intervenir un interprète à distance par téléphone ou visioconférence, et prévoir des interventions sur site. Les plafonds donnent l’échelle du service: jusqu’à 50 000 euros hors taxes par an pour les traductions écrites, 69 000 euros pour l’interprétariat à distance et 68 000 euros pour l’interprétariat physique. Les marchés, notifiés au 1er avril 2026, peuvent courir jusqu’en 2030 si toutes les reconductions sont activées.
Ce sont des lignes de commande publique, mais elles touchent à des scènes très ordinaires: une admission, une consultation, une annonce, une sortie d’hospitalisation. Il faut comprendre une ordonnance, un risque, un rendez-vous, une consigne à respecter chez soi. Quand la langue manque, le soin se met vite à dépendre d’un proche, d’un enfant, d’un agent bilingue trouvé au passage ou d’un mélange de gestes et de bonne volonté.
C’est précisément ce bricolage que l’interprétariat professionnel permet de limiter. Un parent peut aider, mais il n’est pas neutre. Un enfant peut parler deux langues, mais il n’a pas à porter une décision médicale. Un soignant bilingue peut dépanner, mais ce n’est pas une organisation. Le marché prévoit aussi une obligation de confidentialité et soumet les interprètes au secret professionnel. Dans un hôpital, cela change beaucoup: on ne traduit pas une douleur, une grossesse, une addiction ou une décision de fin de vie comme on traduit une adresse.
En Seine-Saint-Denis, le besoin se comprend vite. L’Insee comptait en 2022 plus de 528 000 habitants immigrés dans le département, soit 31,4 % de sa population. Ce chiffre ne dit pas qui parle ou non français. Il rappelle simplement que l’hôpital public local travaille dans un territoire où les langues, les parcours administratifs et les rapports aux soins sont nombreux.
La loi reconnaît d’ailleurs l’interprétariat linguistique comme un moyen d’améliorer l’accès aux droits, à la prévention et aux soins. À Saint-Denis et Gonesse, cela se traduit par des prestataires identifiés, des interventions à distance ou sur place, des documents traduits et des règles de confidentialité.
On parle souvent de l’hôpital par ses urgences, ses lits ou ses bâtiments. Ici, le sujet est plus discret: être compris avant de sortir avec une ordonnance, une date de contrôle et trois consignes à ne pas rater. Ce n’est pas toute la médecine. Mais sans cela, une ordonnance, un rendez-vous ou une consigne peuvent déjà partir de travers.
Sources consultées
- TED, Journal officiel de l’Union européenne36001-2026 - Mise en concurrence, France, Services d’interprétation
- Centre hospitalier de Saint-Denis / dossier de consultationRèglement de consultation, Prestations d’interprétariat pour le GHT Plaine de France
- PappersCentre hospitalier général de St Denis, appels d’offres lancés
- LégifranceCode de la santé publique, article L1110-13
- Haute Autorité de santéInterprétariat linguistique dans le domaine de la santé
- InseePopulation immigrée selon les principaux pays de naissance en 2022