Au 62, rue Anatole-France, le futur centre du Syctom ne sera pas jugé sur ses brochures. Il sera jugé sur des choses plus simples: les camions qui passent, les odeurs qui restent, le bruit du chantier, puis la capacité du site reconstruit à se faire un peu plus discret qu’aujourd’hui.
Le projet se joue à cheval sur Bobigny et Romainville. L’enquête publique unique, ouverte du 15 septembre au 15 octobre 2025, portait sur l’autorisation environnementale et les permis de construire du nouveau centre de traitement des déchets. Depuis, le dossier a quitté le temps de la consultation: l’autorisation environnementale a été signée le 6 mars 2026, et le permis de construire côté Romainville a été accordé. Le démarrage des travaux reste suspendu au permis côté Bobigny.
Les contributions déposées pendant l’enquête disent bien où se trouve la tension locale. Selon les conclusions du commissaire enquêteur, 154 remarques ont été enregistrées, toutes en ligne. Environ 85 % portaient sur les nuisances déjà ressenties ou sur la qualité des études. Autrement dit, les habitants n’ont pas seulement demandé si le territoire avait besoin d’un équipement de traitement des déchets. Ils ont demandé s’il pouvait fonctionner sans rajouter de gêne autour du site.
Le futur centre est dimensionné pour traiter jusqu’à 450 000 tonnes par an à l’horizon 2029: ordures ménagères, emballages et papiers, mais aussi déchets alimentaires. Ce dernier flux inscrit le site dans un mouvement plus large, depuis la généralisation du tri à la source des biodéchets. À Est Ensemble, la collecte des déchets alimentaires est déjà déployée progressivement, avec Romainville comme commune expérimentale. La grande règle nationale revient ici à une question très locale: où vont les restes de repas, et par quels trajets?
Le Syctom mise notamment sur le canal de l’Ourcq. Le projet prévoit deux à trois barges par jour au départ du port de Bobigny, cinq jours sur sept, pour évacuer une partie des déchets et matériaux triés. L’objectif annoncé est d’éviter 7 000 à 8 000 camions par an. C’est la promesse la plus facile à comprendre, et sans doute la plus facile à vérifier: si le canal travaille vraiment, les rues doivent respirer un peu.
L’avis favorable du commissaire enquêteur n’efface pas ces points de vigilance. Il recommande d’identifier un interlocuteur pendant les travaux, de limiter autant que possible certains passages de camions par la rue Anatole-France, et d’accélérer l’usage complet du port fluvial. Il assortit aussi son avis d’une réserve: une charte de qualité environnementale, suivie par un comité associant le Syctom, Est Ensemble, Bobigny et Romainville.
La suite se jouera donc moins dans les mots que dans les preuves. Une charte utile, un contact qui répond, des barges qui partent, des camions en moins, des nuisances mesurées: pour les riverains, ce sera probablement la vraie unité de compte. Le futur centre pourra parler de modernisation. Rue Anatole-France, on comptera surtout les passages.