À Bobigny, une règle d’urbanisme peut se jouer au-dessus des toits. Avant de lever une grue, d’installer une antenne, de laisser monter certains arbres ou de dessiner un immeuble, il faut parfois vérifier une chose très simple: est-ce que cela gêne le ciel du Bourget?
Le plan de servitudes aéronautiques de dégagement de l’aérodrome de Paris-Le Bourget sert à cela. Approuvé par décret le 28 juin 2018, il fixe des surfaces de protection autour des pistes. Au-dessus de ces limites, l’espace doit rester dégagé pour la sécurité des avions.
En Seine-Saint-Denis, 23 communes sont concernées, dont Bobigny, Le Bourget, Dugny, La Courneuve, Drancy, Le Blanc-Mesnil, Aulnay-sous-Bois, Saint-Denis, Pantin et Noisy-le-Sec. La règle n’interdit pas de construire autour de l’aéroport. Elle ajoute plutôt un plafond technique, variable selon les secteurs, que les projets doivent intégrer.
Dans les documents du plan, les obstacles ne sont pas des abstractions: arbres, pylônes, lampadaires, bâtiments, antennes. Certains peuvent devoir être limités, balisés, abaissés ou supprimés s’ils dépassent les cotes fixées. La contrainte finit dans les permis, les chantiers, les documents d’urbanisme et les arbitrages de hauteur.
Elle compte d’autant plus dans ce morceau de Seine-Saint-Denis où les communes cherchent à produire logements, équipements et transports. Le secteur du Bourget n’est pas figé: la ligne 17 du Grand Paris Express doit y ajouter une gare, entre Dugny et Le Blanc-Mesnil. Plus la ville se transforme, plus ces règles discrètes méritent d’être connues.
Le Bourget ne pèse donc pas seulement par ses pistes, son bruit ou son activité d’aéroport d’affaires. Il entre aussi dans les hauteurs autorisées, les grues de chantier et les objets ordinaires du paysage urbain.
Autour de l’aéroport, l’urbanisme ne consiste pas seulement à savoir où construire. Il faut aussi savoir jusqu’où monter. Même les grues doivent regarder le ciel avant de lever le bras.