Chercher un médecin traitant à Saint-Denis, un spécialiste à Bobigny ou un suivi régulier à Clichy-sous-Bois ne commence pas par une statistique. Cela commence par un appel, un délai, parfois un tarif, et une question très concrète : où est-ce qu’on frappe maintenant ?
Le baromètre 2025 de l’ARS Île-de-France, publié le 19 mai avec Toluna Harris Interactive, donne pourtant un chiffre qui mérite d’être pris au sérieux. En Seine-Saint-Denis, 77 % des habitants interrogés se disent satisfaits de la prise en charge de leur santé. C’est sept points de plus qu’en 2024.
Pris seul, le chiffre raconte une amélioration. Il ne dit pas encore si le parcours s’est simplifié.
Le même baromètre rappelle qu’à l’échelle francilienne, 57 % des habitants déclarent rencontrer des difficultés pour consulter un médecin généraliste, 69 % pour un spécialiste, et 44 % disent avoir déjà renoncé à des soins pour des raisons financières ces dernières années. Pour le 93, l’un des signaux les plus parlants est ailleurs : les habitants y citent davantage qu’ailleurs la lutte contre les inégalités sociales comme levier pour améliorer la prise en charge.
Ce n’est pas seulement une nuance de vocabulaire. Dans un département où l’Insee mesure un taux de pauvreté de 29,5 % en 2023, contre 16,8 % à Paris et 13,5 % dans les Hauts-de-Seine, l’accès aux soins ne dépend pas seulement de l’existence d’un cabinet, d’un hôpital ou d’un centre de santé. Il dépend aussi du prix, des horaires, de la capacité à être orienté, de la possibilité de revenir, de comprendre le système et de ne pas lâcher après deux appels sans réponse.
La pression dépasse la Seine-Saint-Denis : la Drees observe une baisse nationale de l’accessibilité aux médecins généralistes entre 2022 et 2023. Mais elle ne produit pas partout les mêmes effets. Dans le 93, le Conseil départemental de l’Ordre des médecins relevait en 2024 qu’entre 2014 et 2023, la population avait augmenté de plus de 7 %, tandis que le nombre de médecins en activité avait peu évolué. Plusieurs communes ou quartiers du département figurent aussi parmi les secteurs prioritaires où les aides à l’installation des médecins peuvent être ciblées.
Le baromètre ne dit donc pas que la santé va bien ou mal dans le 93. Il dit quelque chose de plus utile : la confiance peut progresser pendant que l’accès reste fragile. C’est exactement ce que l’on retrouve dans d’autres sujets suivis localement, du suivi des patients chroniques aux addictions dans le 93 : les portes existent, mais encore faut-il trouver la bonne, au bon moment, sans y laisser sa matinée et son reste à vivre.
Le bon prochain chiffre ne sera peut-être pas le plus flatteur. Ce sera celui qui dira si les habitants obtiennent plus vite un rendez-vous, renoncent moins souvent pour des raisons d’argent, et passent plus facilement d’un médecin de ville à un centre municipal, un hôpital ou une association. En santé, dans le 93, la porte ouverte compte moins que la porte qu’on arrive vraiment à pousser.