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Repas livrés, piscines, canalisations: les petits marchés qui font tourner le 93

À Gagny, Tremblay-en-France, Saint-Denis et Romainville, quatre marchés publics récents touchent des services municipaux très ordinaires.

Repas livré devant une piscine

À Gagny, le repas arrive froid, prêt à être gardé puis réchauffé. Pour la personne âgée qui le reçoit, c’est un déjeuner livré à domicile. Pour la commune, c’est un marché public: un prestataire, des menus, une cuisine extérieure, des livraisons et un service qui doit tomber juste chaque jour.

Le marché lancé par la commune porte sur la fourniture de repas en liaison froide pour le portage à domicile. Sa valeur est estimée à 1 million d’euros hors taxes. Il doit démarrer le 16 juillet 2026, pour douze mois. L’avis précise que les repas seront confectionnés dans la cuisine du titulaire, puis livrés sur un site défini par le Centre communal d’action sociale. La Ville, elle, présente ce portage comme un service destiné aux retraités dépendants qui ne peuvent plus préparer correctement leurs repas. Dans ce genre de contrat, l’intendance n’est pas un détail: elle devient la condition très pratique du maintien à domicile.

Trois autres avis récents publiés au Bulletin officiel des annonces des marchés publics racontent la même Seine-Saint-Denis discrète. À Tremblay-en-France, la mairie a repoussé au 1er juin la date limite d’un marché de contrôles microbiologiques dans les offices de restauration municipaux. À Saint-Denis, un accord-cadre doit organiser des animations aquatiques municipales. À Romainville, la Ville cherche des prestations d’entretien et de curage pour les réseaux d’eaux usées, d’eaux-vannes et d’eaux pluviales dans ses bâtiments.

Pris séparément, ces avis ressemblent à de petites lignes techniques. Ensemble, ils montrent ce que les communes achètent pour que les gestes ordinaires restent ordinaires: manger, nager, utiliser un bâtiment public sans se demander ce qui passe sous le sol.

À Tremblay-en-France, le marché de contrôles microbiologiques a un montant maximal annuel de 32 000 euros hors taxes. Les critères d’attribution donnent la priorité à la qualité, devant le prix et les performances environnementales. Ce n’est pas la partie visible de la cantine, ni celle que commentent les familles devant le menu. C’est la part sanitaire de la restauration collective: celle qui se vérifie avant le service.

À Saint-Denis, le marché est plus lisible pour les habitants. Il concerne la gestion, l’animation et la surveillance du dispositif aquatique municipal: École municipale des sports, séances « Sport en Famille », stages d’apprentissage de la natation pendant les vacances et autres animations. Le plafond annoncé atteint 250 000 euros hors taxes par an, soit jusqu’à 1 million d’euros sur quatre ans. La date limite des offres est fixée au 19 juin 2026 à midi. L’avis demande aussi des qualifications pour encadrer et surveiller les bassins. Une séance de natation familiale peut avoir l’air simple; elle repose sur des maîtres-nageurs, des cartes professionnelles et des consignes qui ne se négocient pas au bord de l’eau.

Romainville donne la version la moins photogénique du même sujet. Après les achats de denrées écolabellisées pour les cantines, un autre marché touche cette fois les réseaux techniques des bâtiments municipaux. Pas de promesse spectaculaire ici: il s’agit d’entretenir, de curer, d’éviter que les eaux usées, les eaux-vannes ou les eaux pluviales ne deviennent soudain le problème de tout le monde.

Ces marchés n’ont pas besoin d’être grandioses pour être utiles. Ils rappellent que l’action municipale passe aussi par des contrats modestes et spécialisés. Le service public le plus réussi, ici, est peut-être celui auquel l’habitant n’a pas à penser. Sauf le jour où la piscine ferme, où le repas n’arrive pas, ou où une canalisation se rappelle à tout le monde.