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À Clichy-sous-Bois, les mères aident la Cabane des 1000 premiers jours à trouver les bonnes portes

À Clichy-sous-Bois, des mères co-chercheuses ont aidé à cerner les besoins des familles pendant les 1000 premiers jours.

Mères et Cabane des 1000 jours

À Clichy-sous-Bois, une partie de l’étude sur les 1000 premiers jours s’est faite en bambara, en soninké et entre mères du quartier. Ce détail résume presque tout: pour comprendre ce dont les familles ont besoin autour de la naissance, encore faut-il leur parler dans les bons lieux, avec les bons mots, et parfois dans la bonne langue.

La Cabane des 1000 premiers jours, installée dans le bâtiment de la protection maternelle et infantile Victor-Hugo, accueille les familles dès le quatrième mois de grossesse et jusqu’aux trois ans de l’enfant. On y trouve une puéricultrice, une éducatrice de jeunes enfants, une psychologue, une médiatrice de santé et une assistante sociale. Le lieu propose du suivi, de l’orientation, des ateliers, des visites à domicile et des temps collectifs.

Mais le point le plus parlant est la méthode choisie. Pendant plusieurs mois, une étude financée par le Département de la Seine-Saint-Denis et la Caisse d’allocations familiales a associé l’équipe de la Cabane, une chercheuse de l’université Sorbonne Paris Nord et des mères de deux quartiers prioritaires de Clichy-sous-Bois. Dix-sept mères ont été formées pour devenir co-chercheuses et interroger d’autres parents. Les résultats ont été restitués le 6 mai au conservatoire de Clichy-sous-Bois, sous forme de courte pièce de théâtre.

Les sujets remontés par ces mères sont très concrets: logement trop petit ou humide, emploi précaire, démarches de séjour, dossiers administratifs difficiles, budget serré, renoncement aux soins, isolement. Les premiers mois d’un enfant ne se rangent donc pas proprement dans une case “santé”, “social” ou “petite enfance”. Pour une famille, tout arrive en même temps. Le bébé, la fatigue, les papiers, le médecin, les droits, le chauffage, parfois la peur de mal faire.

Dans un département où 29,5 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et 38,7 % des moins de 18 ans, la question n’est pas seulement d’ajouter un service sur la carte. Les services existent déjà en partie: protection maternelle et infantile, aides sociales, professionnels de santé, lieux d’accueil, associations. Le parcours se bloque plutôt dans les interstices. On ne sait pas toujours où aller. On n’ose pas toujours demander. On ne comprend pas toujours le courrier reçu. On attend trop, ou au mauvais endroit.

C’est ce que cette étude rend utilement visible. Elle ne présente pas la Cabane comme une solution magique. Elle montre pourquoi un lieu de proximité peut aider quand il relie plusieurs besoins au lieu de les découper. Une question de bébé peut ouvrir sur une orientation sociale. Un renoncement aux soins peut être repéré plus tôt. Une difficulté administrative peut trouver un relais avant de devenir un mur.

Le Département indique que la programmation du site de Clichy-sous-Bois sera adaptée à la recherche. Les pistes évoquées restent pratiques: mieux orienter les femmes vers des bilans de santé, compenser certains renoncements aux soins, développer des actions hors les murs. La Cabane doit aussi déménager cette année allée Salvador-Allende, dans les anciens locaux du Programme de réussite éducative.

Ce sera le vrai test. Une étude sur les besoins des familles ne change pas grand-chose si elle reste au stade de la restitution, même au conservatoire. Elle sert vraiment quand elle modifie les horaires, les habitudes, les relais et les lieux où l’on va chercher les parents. À Clichy-sous-Bois, les mères ont déjà fait une partie du chemin. Aux services publics de ne pas se perdre sur le retour.