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Handicap en Seine-Saint-Denis: une notification ne fait pas une place

Le Département interpelle l’État sur le handicap. À Bondy, l’exemple d’un IME montre l’écart entre droits reconnus et solutions disponibles.

Enfant devant une porte fermée

À Bondy, l’IME Les Mille Couleurs accueille 40 enfants en situation de handicap, avec 13 places en internat de semaine. Selon le Département, près d’une centaine d’enfants attendent encore une place dans cet établissement géré par APF France handicap.

Voilà ce que peut vouloir dire, très concrètement, un “accompagnement défaillant”. Pas seulement un dossier en retard ou une réponse froide au téléphone. Une famille peut obtenir une orientation, une reconnaissance de droits, parfois une notification parfaitement valable, et rester ensuite devant une porte fermée: pas de place, pas de relais, pas de solution proche.

C’est le sens de l’appel publié le 12 mai par le Département de la Seine-Saint-Denis, signé avec 27 associations et partenaires. La collectivité affirme recenser 13 000 enfants sans accompagnement adapté, dont 7 000 familles cherchant activement une solution, ainsi que 15 000 adultes concernés. Elle interpelle l’État à un mois de la Conférence nationale du handicap.

Le sujet dépasse la querelle institutionnelle. Pour les familles, le système se présente comme une seule chaîne. En réalité, les responsabilités sont partagées. La Maison départementale de l’autonomie et des aidants, ancienne MDPH, accueille, informe, instruit les demandes et ouvre des droits. Nous avions expliqué récemment où aller et pour quelles démarches. Mais ce guichet ne crée pas à lui seul une place dans un établissement.

L’agence régionale de santé autorise, finance et contrôle une partie de l’offre médico-sociale. L’État porte notamment l’école et les moyens nationaux. Le Département verse certaines aides, dont la prestation de compensation du handicap, et accompagne les personnes. Sur le papier, chacun a son rôle. Dans la vie ordinaire, quand rien ne se débloque, une question résiste: qui répond vraiment?

À Bondy, le Département cite aussi un projet plus précis. Une antenne de l’IME située à Villepinte pourrait être déplacée à Tremblay-en-France, avec 14 places supplémentaires en externat. Le terrain, la mairie et la collectivité seraient prêts. Le financement de l’agence régionale de santé manquerait encore. Quatorze places ne régleraient pas le déficit du département. Mais pour quatorze enfants, ce n’est pas une ligne budgétaire: c’est une semaine qui commence autrement.

Ce manque n’est pas une impression locale isolée. Dans un rapport sur l’accueil de Français handicapés en Wallonie, la Cour des comptes relevait déjà que la Seine-Saint-Denis avait le plus faible taux d’équipement en hébergement pour enfants et adultes handicapés de France métropolitaine. Le nombre de demandeurs en attente d’une place y représentait plus de 45 % des places existantes.

Les contrôles comptent aussi. L’agence régionale de santé d’Île-de-France publie désormais des rapports d’inspection sur des établissements accueillant des personnes handicapées. C’est utile pour la transparence et la sécurité. Mais inspecter une structure ne crée pas automatiquement une chaise, un lit, une équipe ou un transport adapté.

L’alerte du Département donne une forme politique à une réalité très pratique: un droit n’aide vraiment que lorsqu’il trouve quelqu’un, quelque part, pour le faire vivre. Sinon, il reste dans un courrier bien rangé. Et les familles, elles, ne vivent pas dans des classeurs.