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Emploi dans le 93: quand le trajet devient le premier obstacle

France Travail soutient des projets de mobilité vers l’emploi. Dans le 93, horaires, permis et transports peuvent encore bloquer l’accès à un poste.

Trajet domicile-travail en Seine-Saint-Denis

Sur la carte, Roissy, Le Bourget ou Pantin ne semblent jamais très loin. Dans une annonce, le poste paraît accessible. Puis viennent les détails: commencer avant les premiers transports, finir après la dernière correspondance simple, avancer des frais, trouver une voiture, passer le permis, apprendre un trajet que l’on ne maîtrise pas encore.

C’est souvent là que l’offre d’emploi cesse d’être une offre réelle.

France Travail Île-de-France vient de remettre ce problème au centre avec son appel à projets 2026 consacré à la mobilité des demandeurs d’emploi. L’enveloppe régionale atteint 900 000 € et peut financer des actions pendant un an, jusqu’à 80 % de leur coût. L’essentiel n’est pas le montage du dispositif. C’est ce qu’il reconnaît: pour reprendre un emploi, les compétences ne suffisent pas toujours. Il faut aussi pouvoir se déplacer au bon endroit, au bon prix, à la bonne heure.

En Seine-Saint-Denis, ce point compte particulièrement. France Travail recense 45 860 projets de recrutement dans le département en 2026. Les besoins existent, notamment autour des grands bassins d’activité franciliens. Mais une offre proche en kilomètres peut rester lointaine dans la vie quotidienne. Un trajet supportable à 10 h peut devenir impossible à 5 h 30. Une ligne correcte en journée peut ne plus convenir pour un poste en sécurité, nettoyage, logistique, commerce ou santé. Une mission qui exige de bouger entre plusieurs sites peut exclure d’emblée ceux qui n’ont ni permis, ni véhicule, ni marge financière.

C’est le prolongement très concret d’un sujet déjà abordé par La Clé Publique: les recrutements existent en Seine-Saint-Denis, mais restent difficiles à saisir. La mobilité fait partie de ces filtres peu visibles. Elle ne se voit pas toujours dans les statistiques d’emploi. Elle se voit quand une personne renonce à candidater, refuse une mission trop risquée, arrive en retard deux fois et perd sa chance, ou n’ose pas accepter une période d’essai faute de solution stable.

Les réponses existent, mais elles sont dispersées. L’aide à la mobilité de France Travail peut prendre en charge certains frais de déplacement, de repas ou d’hébergement, sous conditions, avec un plafond annuel de 5 200 €. En Seine-Saint-Denis, le dispositif “Un véhicule pour l’emploi”, référencé sur Mes aides France Travail, permet une location à tarif réduit: 4 € par jour pour un véhicule avec permis, 2,50 € pour un véhicule sans permis, dans la limite d’un trajet domicile-travail de 80 km par jour. L’association Papa Charlie propose aussi des véhicules à bas coût pour des Franciliens qui accèdent à un emploi quand les transports ne collent pas aux horaires. À Pantin, Wimoov accompagne des publics sur la location solidaire, l’usage des transports, le permis, les trajets et le budget mobilité.

Le bon réflexe n’est donc pas seulement de chercher une aide au dernier moment. C’est d’en parler dès qu’une offre pose une question de trajet: à France Travail, à la mission locale, à un référent social, à une structure d’insertion. Une solution peut exister, mais elle demande souvent un dossier, un délai, un diagnostic, ou simplement le bon interlocuteur au bon moment.

Pour les acteurs locaux, l’appel à projets a une utilité s’il finance des réponses très pratiques. Pas une grande promesse sur “la mobilité”, mais des solutions très concrètes: apprendre à faire un trajet, sécuriser les premiers jours d’un contrat, louer un véhicule le temps d’une période d’essai, aider au permis quand il conditionne vraiment l’accès au travail, éviter qu’une offre soit perdue pour une raison de transport.

Dans le 93, la carte peut tromper. Deux communes peuvent sembler proches, deux bassins d’emploi peuvent paraître connectés, et pourtant le premier bus, le coût d’un trajet ou l’absence de permis décident déjà d’une partie du recrutement. Avant même l’entretien, il y a parfois une première épreuve: arriver à l’heure, plusieurs jours de suite.