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À Romainville, la cantine se joue aussi avant le service

Romainville lance un marché de denrées écolabellisées pour ses cantines, entre qualité des repas, fournisseurs, prix et accès quotidien.

Illustration - Cantine scolaire durable

À midi, la cantine se résume souvent à des choses très simples: un morceau de pain, un yaourt, des légumes, parfois des lentilles ou du poisson. À Romainville, une partie de ces produits est désormais au cœur d’un marché public. La Ville cherche des fournisseurs de denrées écolabellisées pour ses restaurants scolaires. Les entreprises ont jusqu’au 11 juin pour répondre.

L’avis ne raconte pas une révolution alimentaire. Il montre plutôt l’endroit précis où une commune peut agir: l’achat. Pour qu’un produit plus vertueux arrive dans une assiette d’élève, il faut d’abord qu’il soit prévu dans un lot, livré en quantité suffisante, à un prix tenable, avec un label accepté et un fournisseur capable de suivre.

Le marché compte 17 lots: yaourts, fruits, légumes, pain, crèmerie, huiles régionales, commerce équitable, produits de la mer, entre autres. Cette liste a quelque chose de modeste, presque banal. C’est justement son intérêt. La transition alimentaire ne se joue pas seulement dans les grands mots. Elle se joue dans le pain du jour, dans le dessert, dans la régularité des livraisons et dans ce qu’une cuisine peut réellement servir.

Romainville dispose déjà d’un précédent utile avec l’école Maryse-Bastié, où la Ville a mis en avant la cuisine sur place, le bio, le local et la lutte contre le gaspillage. Cette expérience rappelle une limite souvent oubliée: le label ne fait pas tout. La qualité dépend aussi de la manière de cuisiner, de servir, d’accompagner les enfants et de regarder ce qui revient dans les assiettes.

L’autre point sensible, c’est le prix. À Romainville, l’inscription à la restauration scolaire est automatique pour les enfants des écoles publiques maternelles et élémentaires. Les repas sont facturés selon la consommation réelle et le quotient familial. Les tarifs affichés vont de 0,69 € à 4,48 € par jour pour les familles romainvilloises, et 6,50 € pour les enfants hors commune.

Ces chiffres donnent au marché sa vraie portée locale. Dans une ville de plus de 35 000 habitants, avec un taux de pauvreté de 24 %, la cantine n’est pas un supplément de confort. C’est un service quotidien, parfois décisif dans l’organisation des familles. Si les produits coûtent plus cher, la commune doit trouver la marge quelque part pour que l’amélioration de l’assiette ne se transforme pas en privilège.

La loi Egalim, qui encadre la qualité des produits servis en restauration collective, fixe un objectif national: au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de bio. Les dernières données nationales déclarées pour 2024 restent en dessous de cette cible: 11,8 % de bio et 29,5 % de produits durables et de qualité parmi les cantines ayant transmis leurs achats. Ce rappel compte: un marché écolabellisé ne suffit pas à transformer une cantine. La trajectoire est connue. La mise en œuvre, elle, dépend des achats réels.

À Romainville, la suite ne se lira donc pas seulement dans l’avis de marché. Elle se verra dans les fournisseurs retenus, les menus servis, les factures et, surtout, dans ce que les enfants mangent vraiment.