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Dans les parcs du 93, les oiseaux rares ont besoin de calme

Douze espèces rares rappellent que les parcs du 93 protègent aussi des roselières, des friches, de vieux arbres et des espaces calmes.

Illustration - Oiseaux dans un parc urbain

Au parc du Sausset, l’étang de Savigny se trouve à quelques minutes du RER B, entre Aulnay-sous-Bois et Villepinte. Autour, les allées restent celles d’un grand parc départemental: des familles, des sportifs, des promeneurs. Mais dans les roselières, un petit héron peut nicher presque sans se montrer. Le Blongios nain, discret au point de se fondre dans les roseaux, résume une part moins visible de la Seine-Saint-Denis: des espaces très urbains peuvent aussi devenir des refuges.

Le Département a publié le 5 mai une présentation de douze espèces d’oiseaux rares liées au site Natura 2000 de Seine-Saint-Denis. La liste n’est pas faite pour cocher des noms en une promenade: Blongios nain, Butor étoilé, Hibou des marais, Martin-pêcheur d’Europe, Sterne pierregarin, Busard cendré, Busard Saint-Martin, Gorgebleue à miroir, Pie-grièche écorcheur, Bondrée apivore, Pic mar et Pic noir. Certains nichent, d’autres passent, tous ne se voient pas facilement. Leur intérêt est ailleurs: ils signalent la qualité et la diversité des milieux que les parcs arrivent encore à offrir.

C’est la singularité du 93. Son site Natura 2000 n’est pas une grande réserve à l’écart des villes, mais un réseau d’environ 1 156 hectares réparti entre quinze parcs et forêts, dans une vingtaine de communes. Il comprend notamment Georges-Valbon, le Sausset, la Haute-Île, l’Île-Saint-Denis, Jean-Moulin-Les Guilands, la Poudrerie, la Fosse-Maussoin, la forêt de Bondy ou les Beaumonts à Montreuil. Les protéger suppose donc de composer avec des lieux ouverts, fréquentés, parfois très sollicités.

Les oiseaux aident à voir ce que le mot “nature” cache souvent. Le Martin-pêcheur et la Sterne pierregarin ont besoin d’eau, de berges et de zones où se poser. Le Blongios nain et le Butor étoilé dépendent des roselières et des secteurs humides tranquilles. La Pie-grièche écorcheur renvoie aux haies, aux friches, aux prairies. Les pics rappellent l’utilité des vieux arbres, des lisières et du bois mort. Après les arbres et l’ombre, déjà au cœur de la végétalisation en Seine-Saint-Denis, ces espèces donnent une autre entrée: la biodiversité urbaine ne se fabrique pas seulement en plantant, mais aussi en laissant des habitats tenir dans la durée.

Au Sausset, cela passe par les zones humides des Prés Carrés, l’étang de Savigny et le marais. Le parc compte près de 160 espèces d’oiseaux observées, et huit espèces Natura 2000 ont contribué à son classement. Des haies ont été réhabilitées pour la Pie-grièche, des nichoirs installés pour le Martin-pêcheur, des radeaux flottants posés pour la Sterne pierregarin. À la Haute-Île, près de la Marne, les chenaux, îlots, fossés et prairies humides recréent des paysages alluviaux devenus rares en ville. À l’Île-Saint-Denis, certaines berges et zones fermées au public offrent quelque chose de simple et précieux: la tranquillité.

Pour les habitants, cela change aussi la manière de regarder un parc. Observer un oiseau rare ne veut pas dire chercher un nid, sortir des chemins ou s’approcher le plus possible. Cela veut plutôt dire ralentir, rester à distance, utiliser des jumelles, garder son chien en laisse dans les périodes sensibles, ne pas nourrir les animaux et accepter de ne pas tout voir. En ville, une bonne observation commence souvent par un peu de retenue.

La Seine-Saint-Denis n’est pas un territoire sauvage. C’est justement ce qui rend ces présences intéressantes. Si ces oiseaux trouvent encore de quoi nicher, chasser ou faire halte dans les parcs du département, c’est que l’eau, les friches, les vieux arbres et les espaces calmes y ont encore une place. Pas partout, pas tout le temps. Mais assez pour rappeler qu’un parc n’est pas seulement un lieu où l’on passe. C’est aussi un milieu que l’on partage.