Le nom d’une entreprise peut apparaître au BODACC le 6 mai alors que sa procédure est déjà presque terminée. C’est ce que rappelle la salve d’annonces publiée le 6 mai en Seine-Saint-Denis : derrière des adresses à Noisy-le-Grand, Aulnay-sous-Bois, Bobigny, Aubervilliers, Montreuil ou Bondy, les avis ne racontent pas tous la même étape, ni le même risque.
Dans plusieurs cas vérifiés, il ne s’agit pas d’une faillite ouverte ce jour-là, mais d’une décision plus tardive. Alpha-Get à Noisy-le-Grand, Ihsan Service à Aulnay-sous-Bois et Rayen Transport à Aubervilliers apparaissent notamment avec des jugements de clôture pour insuffisance d’actif. Autrement dit : la liquidation est arrivée à son terme et les biens disponibles ne suffisent pas à régler les créanciers. Stark Industriels à Bobigny et BSP Bat à Aubervilliers renvoient, eux, à des liquidations ouvertes plus tôt.
La nuance compte. Une procédure collective n’est pas un seul mot pour dire “faillite”. Un redressement judiciaire peut laisser l’entreprise poursuivre son activité pendant que ses dettes sont traitées. Une liquidation signifie que le redressement n’est plus jugé possible. Une clôture pour insuffisance d’actif vient encore après, quand il ne reste plus de quoi payer tout le monde.
Pour un fournisseur, un bailleur, un client professionnel ou un salarié, ce n’est pas du vocabulaire de greffe. Le type de décision indique s’il faut déclarer une créance, vérifier un contrat, identifier un mandataire ou comprendre si l’activité continue. Le BODACC ne remplace pas un conseil juridique, mais il donne souvent le premier signal public.
La série du 6 mai montre surtout une partie très concrète de l’économie du département : transport, bâtiment, restauration, services, petites sociétés et structures très exposées à la trésorerie. En Seine-Saint-Denis, Bpifrance Création a compté 41 193 créations d’entreprises en 2025. Dans un territoire où l’on crée beaucoup, souvent sans salarié au départ, il y a aussi des arrêts, des liquidations et des sorties discrètes du marché.
Le contexte national invite à ne pas minimiser le sujet. La Banque de France comptait 69 392 défaillances d’entreprises en cumul sur douze mois à fin février 2026. Mais une seule journée d’annonces ne prouve pas une crise locale. Elle sert plutôt de radar : des noms, des communes, des secteurs, et parfois des partenaires économiques qui doivent réagir vite.
La bonne lecture tient entre deux réflexes : ne pas paniquer, ne pas ignorer. Dans le 93, une ligne au BODACC peut signaler la fin d’un petit transporteur, d’un traiteur, d’une société de travaux ou d’un commerce. Pour ceux qui travaillaient avec eux, c’est souvent le moment de regarder les dates, les décisions et les délais.