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À Plaine Commune, l’argent européen passe par les logements, les déchets et les choix locaux

Plaine Commune renouvelle le pilotage de son Investissement territorial intégré, avec 7,2 millions d’euros de fonds européens à orienter localement.

Logements rénovés à Plaine Commune

À Stains, l’Europe ne ressemble pas à un drapeau bleu devant une institution. Elle peut ressembler à des fenêtres remplacées, à des façades isolées, à des toitures reprises. À la cité Prairie de Romaincourt, 314 logements sociaux ont été rénovés avec l’aide du Fonds européen de développement régional. L’opération a coûté 4,69 millions d’euros, dont 1,87 million d’euros de financement européen.

C’est à cette échelle qu’il faut comprendre l’Investissement territorial intégré de Plaine Commune. Le nom n’aide pas. L’idée est pourtant assez simple: une partie de l’argent européen est réservée à un territoire, puis des projets locaux sont choisis parce qu’ils répondent à ses besoins.

Plaine Commune a publié le 4 mai un bilan d’étape de ce dispositif et annoncé le renouvellement de sa gouvernance. Depuis 2024, le territoire bénéficie d’une enveloppe de 7,2 millions d’euros dans le cadre du programme européen 2021-2027, piloté par la Région Île-de-France. L’argent ne finance pas n’importe quoi. Les priorités portent notamment sur la rénovation énergétique, l’économie circulaire, la biodiversité et les services numériques aux habitants.

Sur un territoire de près de 450 000 habitants, cette sélection compte. Plaine Commune couvre Aubervilliers, Épinay-sur-Seine, L’Île-Saint-Denis, La Courneuve, Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine, Stains et Villetaneuse, avec Pierrefitte-sur-Seine comme commune déléguée de Saint-Denis depuis 2025. Le portail national de la politique de la ville indique que 309 142 habitants de l’établissement public territorial vivent dans un quartier prioritaire, soit 69 % de sa population municipale. Dans ce contexte, une ligne européenne peut finir dans des bâtiments mieux isolés, une nouvelle organisation des déchets, un service public plus accessible ou un projet écologique de proximité.

Le sujet n’est donc pas seulement de savoir combien d’argent arrive. Il est de savoir par quel filtre il passe.

Le fonctionnement prévoit une première lecture locale. Un porteur de projet vérifie d’abord que son dossier correspond à la stratégie de Plaine Commune. Le projet est ensuite examiné par un comité de sélection territorial, qui donne un avis d’opportunité. Si cet avis est favorable, la Région Île-de-France instruit le dossier selon les règles européennes.

C’est là que la gouvernance devient concrète. Une rénovation thermique peut être considérée comme un dossier d’énergie, mais aussi comme une affaire de logement, de charges et de confort pour les habitants. Le tri des biodéchets peut rester une contrainte de collecte, ou devenir un projet d’économie circulaire de quartier. Un service numérique peut simplifier l’accès aux démarches, ou rester loin des usages s’il est mal pensé.

La Région a retenu douze territoires franciliens pour ces investissements intégrés. Ensemble, ils peuvent mobiliser près de 60 millions d’euros de fonds européens, soit 34 % de l’enveloppe régionale concernée, pour environ 90 projets. Plaine Commune dispose, selon sa propre communication, d’une des enveloppes les plus importantes d’Île-de-France.

Un premier projet repéré dans le cadre 2021-2027 concerne l’expérimentation de solutions de tri à la source des biodéchets sur le territoire. Ce n’est pas le genre d’annonce qui fait lever les yeux dans le métro. Mais elle dit bien la nature du dispositif: l’argent européen ne sert pas seulement à couper des rubans. Il peut aussi aider une idée locale à passer du dossier à la rue, à l’immeuble ou au service utilisé.

La limite est simple: 7,2 millions d’euros ne changent pas, à eux seuls, un territoire aussi vaste et aussi sollicité. Ils obligent à choisir. Le prochain bilan vraiment utile devra donc dire quels projets ont été retenus, dans quelles communes, pour quels montants et avec quels bénéficiaires. Le renouvellement de la gouvernance ne se jugera pas à son organigramme, mais aux projets que l’on pourra reconnaître dans les quartiers de Plaine Commune.