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Tramway T1 : autour des rails, Est Ensemble veut reprendre la main sur la rue

Est Ensemble organise les abords du T1 à Noisy-le-Sec, Romainville et Montreuil, entre accès, commerces, traversées et espace public.

Illustration - Tramway en ville

À Noisy-le-Sec, le futur T1 se prépare parfois par des changements très simples : une circulation modifiée, un trottoir repris, un garage inaccessible quelques heures, une tranchée ouverte pour l’assainissement. À Montreuil, rue de Rosny, les travaux peuvent déplacer un cheminement piéton ou un arrêt de bus avant même que le tram ne change les trajets. Pour l’instant, la transformation se lit moins dans les rails que dans ces ajustements qui compliquent, puis réorganisent, une course, une livraison ou un trajet vers l’école.

C’est là que se joue une partie discrète du prolongement du tramway T1 vers Val de Fontenay. Est Ensemble a approuvé le traité de concession d’aménagement des abords du T1, confié à la SPL Résilience et Innovation, sur Noisy-le-Sec, Romainville et Montreuil. Derrière cette formule technique, l’objectif est assez clair : éviter que les espaces bouleversés par le tram deviennent une suite de morceaux mal raccordés, de parcelles en attente et de projets décidés au coup par coup.

Le T1 reste d’abord un projet de transport. Le prolongement doit ajouter 15 stations sur 7,7 kilomètres. Une première mise en service est prévue jusqu’à la rue de Rosny à Montreuil en 2028, puis jusqu’à Val de Fontenay en 2030. Le Département de la Seine-Saint-Denis conduit les aménagements de voirie et d’espaces publics, la RATP s’occupe des infrastructures de transport, Île-de-France Mobilités suit le programme et finance notamment le matériel roulant.

Mais pour les habitants, le test commence autour des stations. Peut-on traverser sans détour inutile ? Rejoindre un bus sans chercher le passage provisoire ? Circuler à vélo sans perdre la continuité au premier carrefour ? Maintenir une vitrine visible et une livraison possible pendant les travaux ? Un tramway peut améliorer les déplacements sans améliorer assez la rue. C’est précisément ce décalage que l’aménagement des abords est censé corriger.

Sur l’ancien tracé de l’A186, la question est particulièrement concrète. Cette autoroute inachevée a longtemps laissé une coupure entre des quartiers de Montreuil et de Romainville. Sa démolition libère une emprise rare dans un secteur dense, où l’on ne fabrique plus de grands espaces publics sans arbitrages serrés. Est Ensemble résume son intention par une formule : “planter d’abord, bâtir parfois”. La formule est ramassée, mais elle dit bien le choix à faire : utiliser le tram pour recoudre, pas seulement pour faire passer une ligne.

Le programme prévoit notamment 7 hectares d’espaces publics, des logements, des activités économiques, des commerces et des équipements. Pris seuls, ces chiffres ne disent pas grand-chose. Ils deviendront lisibles si la place Carnot devient plus simple à franchir, si les hauts de Montreuil gagnent des accès plus francs, si les pistes cyclables ne se terminent pas en devinette, si les abords des stations restent praticables aux heures ordinaires, quand il pleut, quand les poussettes sortent et quand les livraisons arrivent.

Les commerçants sont l’un des bons thermomètres du projet. Le site du chantier prévoit une référente commerce et une commission de règlement amiable pour les demandes d’indemnisation. C’est utile, mais cela ne remplace pas le quotidien. Un commerce ne vit pas dans un schéma d’aménagement. Il vit d’un flux de passants, d’une vitrine que l’on voit encore, d’un trottoir que l’on peut emprunter, d’un client qui ne renonce pas parce que le chemin paraît trop compliqué.

La réussite du T1 à l’est de la Seine-Saint-Denis ne se mesurera donc pas seulement au nombre de stations livrées. Elle se verra dans les raccords : un quai facile à atteindre, une traversée plus sûre, un arrêt de bus bien placé, une rue qui ne tourne pas le dos à ses commerces. Le rail fera venir le tram. Les abords diront si la ville, autour, a vraiment gagné quelque chose.