À la sortie de la maternité, un parent repart avec un carnet de santé, quelques consignes, parfois une inquiétude sur le poids, l’allaitement, les pleurs ou la fatigue. La vraie question vient vite: qui appeler, où aller, qui peut voir l’enfant si quelque chose ne va pas?
C’est à ce niveau très concret que la stratégie publiée le 29 avril par l’Agence régionale de santé Île-de-France prend son intérêt en Seine-Saint-Denis. Pas comme un document régional de plus, mais comme une promesse à vérifier dans le parcours réel des familles: grossesse, naissance, retour à la maison, premier rendez-vous, relais vers la protection maternelle et infantile, suivi du nourrisson.
Le département n’entre pas dans ce sujet par hasard. Selon l’Insee, la mortalité infantile y atteint 5,7 décès pour 1 000 naissances vivantes sur la période 2022-2024, contre 4,3 en Île-de-France et 3,7 en France métropolitaine. L’écart est assez net pour empêcher tout commentaire vague. Dans le 93, la périnatalité n’est pas un angle sanitaire abstrait. C’est un enjeu de service public de proximité.
L’ARS connaît cette fragilité depuis longtemps. Son programme régional de réduction de la mortalité infantile, RéMI, avait été lancé en 2012 avec une attention initiale portée à la Seine-Saint-Denis. Les constats réunis depuis disent une chose simple: les difficultés ne viennent pas d’un seul endroit. Elles apparaissent souvent quand l’accès aux soins, les conditions sociales et le suivi après la naissance ne se rejoignent pas assez bien.
C’est là que les mots de la stratégie doivent devenir utiles. L’entretien prénatal précoce, le repérage de la dépression après l’accouchement, les liens entre maternités et acteurs sociaux, le soutien à l’allaitement ou le suivi des enfants très prématurés ne changent quelque chose que s’ils sont visibles pour les familles. Dans le 93, une mesure réussie se voit à cela: un parent sort de maternité avec un contact, un rendez-vous et un lieu où revenir.
Ce lieu, très souvent, c’est la PMI, la protection maternelle et infantile. Ces centres accueillent les femmes enceintes, les enfants jusqu’à 6 ans et les parents pour des consultations, des pesées, des conseils, des visites ou des orientations. À Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, la ville recense par exemple huit centres de PMI, avec des prestations sans avance de frais. Le détail compte: pour une famille qui hésite, qui n’a pas de médecin disponible, qui ne sait pas si son inquiétude “mérite” un rendez-vous, la proximité et la gratuité peuvent faire la différence.
Le Département a aussi développé des réponses plus souples autour des 1000 premiers jours, cette période qui va de la grossesse aux deux ans de l’enfant. Les “cabanes des 1000 premiers jours”, à La Courneuve puis aux Lilas, à Clichy-sous-Bois et à Tremblay-en-France, cherchent à rapprocher conseils, activités pour les tout-petits et professionnels des familles. Leur intérêt est simple: elles créent une porte d’entrée moins intimidante qu’un parcours médical classique, tout en permettant de réorienter vers la PMI ou d’autres professionnels quand c’est nécessaire.
Le défi est donc moins de multiplier les dispositifs que de les faire tenir ensemble. L’ARS peut fixer une stratégie, le Département porter les PMI, les communes accueillir des lieux, les maternités repérer les situations fragiles. Pour les parents, tout cela n’a de valeur que si le passage de l’un à l’autre fonctionne.
En Seine-Saint-Denis, la périnatalité se joue dans ces relais: de la maternité à la PMI, de la consultation au domicile, d’une inquiétude de parent à une réponse donnée à temps. C’est modeste en apparence. C’est précisément là que la stratégie régionale sera jugée.