À Fauvettes-Joncherolles, Saint-Denis ne part pas d’une friche. Elle intervient dans un quartier déjà habité, au sud de l’ancienne Pierrefitte-sur-Seine, à la limite de Villetaneuse. C’est ce qui rend le projet plus concret, mais aussi plus exigeant : la rénovation urbaine ne sera pas jugée sur un plan, mais sur l’école, les logements, les cheminements, les espaces verts et les nuisances pendant les travaux.
Le quartier entre dans le Nouveau Programme national de renouvellement urbain, piloté avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. La Ville annonce une transformation d’ici 2032, avec moins de place donnée à la voiture, un nouveau parvis devant l’école, un city stade, un square, des jeux, un itinéraire piéton et cyclable paysager et de nouveaux logements. Le programme annoncé suit les priorités désormais classiques de la rénovation urbaine : verdissement, désenclavement, équipements publics, requalification des espaces communs.
Le premier changement lisible concerne l’école Anatole-France. Le groupe scolaire doit passer de 22 à 32 classes, avec 3 800 m² supplémentaires, dix nouvelles classes, une cuisine, un réfectoire prévu pour environ 456 élèves et deux cours oasis de 2 000 m². Ces cours, plus plantées et mieux adaptées aux fortes chaleurs, traduisent une évolution très concrète de la rénovation urbaine : l’école n’est plus seulement un bâtiment à agrandir, c’est aussi un refuge de proximité dans des quartiers denses.
Ce n’est pas anecdotique. L’Agence nationale pour la rénovation urbaine met désormais beaucoup l’accent sur les équipements scolaires : 500 écoles ont déjà été rénovées ou construites dans ses programmes, et plus de 320 autres doivent suivre. À Fauvettes-Joncherolles, l’école est donc un bon indicateur. Si le chantier améliore vraiment les conditions d’accueil, les cours, les repas, les circulations et la relation avec le quartier, les familles le verront vite. Si le projet reste une affaire de façade, elles le verront aussi.
Le volet logement sera plus sensible. La Ville prévoit la destruction des deux bâtiments de la copropriété des Fauvettes, soit 136 logements, après un relogement engagé depuis 2020 et l’évacuation des derniers ménages en février 2025 à la suite d’un arrêté de mise en sécurité. En parallèle, environ 500 logements doivent être construits, tandis que les résidences des Joncherolles et du 8-Mai-1945 ont été réhabilitées, avec isolation, menuiseries, volets et ventilation revus.
Le quartier part d’une situation sociale fragile. Le zonage national de la politique de la ville recense 1 987 habitants à Joncherolles-Fauvettes, sur 10 hectares, avec un taux de pauvreté de 59 %. Dans un tel contexte, la rénovation urbaine ne peut pas se contenter d’améliorer l’image du quartier. Elle doit produire du logement habitable, des espaces publics utilisables, des trajets plus simples, moins de coupures et des équipements qui tiennent dans la durée.
Les contraintes sont connues. Le secteur est dense, proche de la route nationale 1, desservi par le tramway T5 et bordé par le RER D. Les questions de bruit, d’air, de chaleur urbaine, d’eaux pluviales et de circulation ne sont donc pas secondaires. L’autorité environnementale avait d’ailleurs demandé des précisions sur plusieurs points : mobilités actives, nuisances, bilan carbone, bruit et qualité de l’air. C’est là que le projet se jouera dans le détail : continuité des pistes cyclables, ombre en été, protection contre le bruit, accès aux équipements, qualité des espaces plantés.
La fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte ajoute un autre enjeu. Depuis le 1er janvier 2025, Pierrefitte est devenue commune déléguée au sein d’une ville de plus de 147 000 habitants. Pour les habitants de l’ancienne Pierrefitte, la question n’est pas seulement administrative. Ils verront si cette nouvelle taille permet d’accélérer des chantiers utiles dans leurs quartiers, ou si les grands projets les plus visibles captent l’attention.
Fauvettes-Joncherolles n’a pas besoin d’une promesse spectaculaire. Le projet sera réussi si les familles gagnent une école plus fonctionnelle, si les logements deviennent réellement plus sains, si les rues sont plus faciles à traverser et si les nouveaux espaces verts servent à autre chose qu’à illustrer une plaquette. C’est moins brillant qu’un grand récit de transformation. C’est aussi ce que les habitants pourront vérifier.