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Santé, isolement, démarches: ce que racontent les nouvelles associations du 93

En Seine-Saint-Denis, plusieurs associations nouvellement déclarées ciblent des besoins très concrets: santé, isolement, démarches et aide quotidienne.

Associations de quartier en action

Au Journal officiel des associations du 21 avril, plusieurs créations en Seine-Saint-Denis racontent une même chose: une partie des besoins les plus simples reste difficile à couvrir. À Épinay-sur-Seine, La Maison d’Épinay déclare vouloir accueillir des personnes âgées en journée et lutter contre l’isolement. À Drancy, Sourire Pour Tous vise la prévention bucco-dentaire. À Saint-Denis, Les Semeurs du Savoir annoncent des permanences d’écrivain public et des ateliers d’alphabétisation. À La Courneuve, Main Solidaire veut aider aux courses, aux sorties et aux démarches administratives.

À ce stade, ce sont des déclarations. Pas encore la preuve d’une activité installée, financée, repérée par les habitants. Mais le regroupement est parlant. Ces associations se placent exactement là où les services publics, les familles et le marché laissent souvent des trous: l’âge, la santé, les papiers, la mobilité quotidienne.

Le vieillissement est le premier signal. La Seine-Saint-Denis reste un département jeune, mais selon l’Insee, le nombre d’habitants de 60 à 74 ans est passé de 156 229 en 2011 à 201 709 en 2022. Les 75 ans ou plus sont désormais 88 331. Une petite structure d’accueil de jour ou d’aide aux sorties ne règle pas tout. Elle peut pourtant faire la différence entre une personne qui reste chez elle et une personne qui garde un rythme, des contacts, des repères. En France, les Petits Frères des Pauvres estimaient en 2021 que 530 000 personnes âgées avaient peu ou presque plus de contacts sociaux, et que 3,6 millions d’aînés étaient exclus du numérique.

Le deuxième signal est la santé de proximité. Le dentaire reste un bon révélateur: on consulte trop tard, on reporte, puis le problème devient une urgence. L’Agence régionale de santé d’Île-de-France en fait un axe de prévention, notamment pour les femmes enceintes, les jeunes enfants, les élèves, les personnes handicapées et les personnes âgées dépendantes. Chez les résidents d’établissements pour personnes âgées dépendantes, elle relève que 67 % présentent une inflammation des gencives, 40 % ont besoin d’un détartrage et 14 % nécessitent des soins urgents. Une association de prévention à Drancy ne remplace pas les dentistes. Elle peut, en revanche, aider à faire entrer le soin plus tôt dans la vie des gens.

Le troisième signal tient en deux mots: comprendre et répondre. À Saint-Denis, les écrivains publics aident déjà les habitants à lire un courrier, rédiger une réponse, remplir un formulaire ou faire une démarche en ligne. Ce n’est pas un service accessoire. Le Défenseur des droits constate que moins d’une personne sur deux parvient à faire seule ses démarches administratives en ligne, et que 36 % ont besoin d’une aide ponctuelle. Dans un département où 28,5 % des habitants non scolarisés de 15 ans ou plus n’ont aucun diplôme ou seulement un certificat d’études primaires, l’écriture publique peut conditionner l’accès réel au logement, à une prestation, à une réponse, à un recours.

Le contexte social rend ces initiatives encore moins anecdotiques. En Seine-Saint-Denis, le taux de pauvreté atteint 28,4 %, avec un revenu disponible médian de 19 020 euros par unité de consommation. Quand le budget est serré, un rendez-vous dentaire, un trajet, une aide administrative ou une présence régulière peuvent vite devenir des obstacles très pratiques.

La suite dira si ces associations trouvent leurs bénévoles, leurs locaux, leurs horaires et leur public. C’est le point à vérifier, sans romantiser la simple création administrative. Mais leur apparition donne déjà une indication utile: dans le 93, une partie de l’innovation sociale commence par des réponses proches, limitées, parfois fragiles, mais directement branchées sur les besoins du quotidien.