Le 5 mai, près de 120 élèves participeront à La Courneuve à une journée contre les LGBTphobies, organisée par le Département à la Micro-Folie du collège Niki-de-Saint-Phalle. Des associations comme Les Enfants de ta mère, Queer Education, L’amour toujours et Décolonisons le féminisme doivent y animer des ateliers sur le coming out, les identités LGBT+ et les actions que les élèves peuvent ensuite mener dans leur établissement, notamment pendant le Mois des fiertés en juin.
L’intérêt du rendez-vous est là: il ne s’agit pas seulement de parler de tolérance, mais de donner aux élèves des mots, des repères et des gestes simples. Que faire quand une insulte circule? À qui signaler une situation? Comment soutenir un camarade sans parler à sa place? Ce sont des questions très concrètes dans un département qui compte 79 000 collégiens et 131 collèges publics. À cette échelle, une journée avec 120 élèves ne suffit pas. Mais elle peut devenir utile si elle forme des relais, pas seulement des spectateurs.
Le Département part avec une base déjà installée. Depuis 2018, des élèves volontaires peuvent rejoindre des Clubs Égalité dans leur établissement pour sensibiliser leurs camarades au respect des différences. La collectivité dit aussi financer toute l’année des séances contre l’homophobie et la transphobie dans une trentaine de collèges. C’est le bon point d’appui: la prévention fonctionne mieux quand elle revient, quand elle est portée par les élèves et quand les adultes savent quoi faire après l’atelier.
Le cadre national va dans le même sens. Le ministère de l’Éducation nationale rappelle que la lutte contre l’homophobie et la transphobie fait partie des missions de l’école, dans les enseignements comme dans la vie scolaire. La campagne “Ici on peut être soi” est diffusée dans les collèges et lycées, avec un guide destiné aux personnels. Le 17 mai, journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, est aussi présenté comme un temps fort de mobilisation dans les établissements.
Reste le passage du principe au réflexe. La Commission nationale consultative des droits de l’homme a jugé en mars 2026 la mise en œuvre du plan national anti-LGBT+ 2023-2026 “très largement insuffisante”. Le constat pointe surtout un problème d’application: les dispositifs existent, mais leur appropriation reste trop inégale. Dans une cour de collège, ce qui compte n’est pas l’existence d’un plan national, c’est la réaction immédiate à une insulte, une rumeur, une mise à l’écart ou un harcèlement en ligne.
Les données montrent pourquoi l’école ne peut pas traiter le sujet comme une animation périphérique. Dans l’enquête nationale de 2023 sur le harcèlement scolaire, 6 % des collégiens déclaraient une situation de harcèlement. Les moqueries ou insultes répétées touchaient 11 % des collégiens. Le ministère souligne aussi que les élèves LGBT+ sont particulièrement exposés au harcèlement et au cyberharcèlement.
Le problème dépasse les murs du collège. En 2024, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 4 800 infractions anti-LGBT+ en France, en hausse de 5 %. Près de 48 % des victimes de crimes ou délits enregistrés avaient moins de 30 ans, environ 400 avaient entre 10 et 17 ans, et 9 % des faits impliquaient le numérique. Le dépôt de plainte reste très faible, autour de 4 % selon l’enquête de victimation citée par le ministère de l’Intérieur.
La journée de La Courneuve sera donc intéressante si elle laisse une trace simple: des élèves capables d’identifier une violence, des adultes mieux repérés, des établissements moins démunis quand le sujet surgit hors des affiches et des dates officielles. La Seine-Saint-Denis a les outils de départ: clubs, associations, séances financées, collèges impliqués. Le test est maintenant dans la continuité. Une prévention qui marche n’a pas besoin d’être spectaculaire. Elle doit être régulière, claire et utilisable.