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À Bobigny, le cinéma public Alice-Guy peut-il vraiment redevenir un équipement structurant pour l’Est du 93 ?

Un mois après l’ouverture d’Alice-Guy, Bobigny retrouve un cinéma de centre-ville. Reste à savoir s’il peut vraiment ramener du public et des usages durables.

Cinéma de centre-ville à Bobigny

À Bobigny, le cinéma public Alice-Guy peut-il vraiment redevenir un équipement structurant pour l’Est du 93 ?

Le fait nouveau n’est pas seulement l’ouverture du 11 mars. C’est le retour d’un cinéma à Bobigny, près de sept ans après la fermeture du Magic en 2019. L’Alice-Guy arrive avec six salles, 865 fauteuils, une implantation au pied du métro 5, du tram T1 et des bus, et des tarifs annoncés entre 4 et 7 euros. Dans une ville où le prix de la sortie compte, ce n’est pas un détail. C’est ce qui peut faire repasser le cinéma du statut de sortie occasionnelle à celui d’habitude de proximité.

Le lieu compte aussi parce qu’il s’inscrit dans la reconstruction du centre-ville. Est Ensemble rattache explicitement le cinéma à un quartier appelé à accueillir 1 200 logements et 11 000 m² de commerces. Le projet a mobilisé 23 millions d’euros, dont 19 apportés par Est Ensemble, 3 par l’État et 1 par la Métropole du Grand Paris. Autrement dit, Alice-Guy n’est pas un simple équipement culturel posé à côté du reste. Il fait partie d’une tentative plus large pour remettre du passage, du soir et des usages dans un centre-ville refait.

Le deuxième enjeu est celui du modèle. Alice-Guy rejoint un réseau public qui n’est pas marginal. Les cinémas d’Est Ensemble ont totalisé 682 000 entrées en 2024, dont près de 100 000 dans des propositions d’éducation à l’image pour les scolaires et les centres de loisirs. À l’échelle du département, Cinémas 93 réunit 24 cinémas publics et associatifs, plus deux salles indépendantes voisines. Bobigny ne récupère donc pas seulement des écrans. Elle récupère un outil de proximité qui peut travailler avec les écoles, les associations et les publics qui ne vont pas spontanément au multiplexe.

Reste la vraie épreuve, la plus simple à formuler. Est-ce que les habitants vont s’en servir ? Le cinéma vise environ 150 000 entrées par an et peut rayonner sur un bassin de 350 000 habitants à quinze minutes de transport. Mais autour, la concurrence est nette : UGC Rosny compte 15 salles, UGC O’Parinor 14, UGC Paris 19 en a 14 et Pathé La Villette 16. Le cinéma public ne rivalisera pas sur le nombre d’écrans. Son avantage doit être ailleurs : le prix, la proximité, la programmation, le lien avec le quartier et avec les publics du quotidien, de l’hôpital aux bureaux voisins. Dans ce pari, Bobigny n’est pas à contre-courant. En 2025, les salles françaises ont encore totalisé 156,79 millions d’entrées, ce qui laisse la France largement devant l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Le cinéma en salle reste un usage massif. À Bobigny, la question n’est donc pas de savoir si l’objet est séduisant sur le papier. Elle est de savoir si ce lieu remettra vraiment du monde, régulièrement, au centre-ville.