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Plan Savoir-Nager en Seine-Saint-Denis : ce que le renforcement annoncé peut changer avant l’été

Le Département renforce son Plan Savoir-Nager. Entre manque de piscines, pénurie de maîtres-nageurs et risque de noyade, l’enjeu est très concret avant l’été.

Enfant dans un bassin public

En Seine-Saint-Denis, le savoir-nager ne se jouera pas dans les tribunes des championnats d’Europe. Il se jouera dans les créneaux réellement ouverts aux enfants. Le 16 avril, le Département et l’État ont signé une charte jusqu’en 2028. Elle prévoit le maintien des stages intensifs d’été, une étude sur les besoins en maîtres-nageurs, la poursuite du rééquilibrage des piscines vers l’est du département, des cours quotidiens pour les plus jeunes pendant les championnats d’Europe, et 1 500 billets distribués à des jeunes du territoire. Cette fois, le sujet n’est pas le discours. C’est la capacité.

Le besoin, lui, est clair. Le Département affirme qu’un enfant sur trois ne sait pas nager en sortant de sixième. L’école traite désormais cet apprentissage comme une compétence de sécurité à acquérir dès l’enfance, avec une attestation inscrite dans le livret scolaire. Le savoir-nager n’est donc pas un supplément sportif. C’est un minimum.

Le premier verrou reste l’accès aux bassins. En 2022, la Seine-Saint-Denis comptait encore sept communes sans équipement aquatique, et le Département estimait qu’il manquait 26 piscines de taille moyenne malgré un premier plan déjà engagé. Le deuxième plan piscines, doté de 35 millions d’euros pour 2022-2028, doit créer de nouvelles lignes d’eau et remettre à niveau des équipements vieillissants. C’est ici que l’après-JO peut devenir utile. Le Centre aquatique olympique de Saint-Denis peut accueillir jusqu’à quatre groupes scolaires en même temps et offrir jusqu’à 2 100 créneaux aux écoles et centres de loisirs. À Sevran, l’Aquarena, inaugurée début 2026, représente 29 millions d’euros d’investissement, avec la promesse d’augmenter nettement la capacité d’accueil pour les cours.

Le deuxième verrou, c’est l’encadrement. Le ministère des Sports parle d’une baisse du nombre de maîtres-nageurs en exercice depuis plusieurs années. Il rappelait encore que 10 % des postes de surveillants saisonniers étaient restés vacants pendant l’été 2021, et que plus d’un tiers des exploitants interrogés avaient du mal à fidéliser leurs maîtres-nageurs. On peut inaugurer une piscine. On n’ouvre pas des cours sans adultes formés au bord de l’eau.

Il y a enfin un enjeu de sécurité publique, pas seulement de pratique sportive. Depuis 2021, 9 400 enfants ont bénéficié en Seine-Saint-Denis du programme gratuit « 1, 2, 3, Nagez » dans une trentaine d’équipements. C’est utile, mais cela dit aussi l’ampleur du retard à combler. En France, la noyade reste la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans. Entre le 1er juin et le 23 juillet 2025, 702 noyades ont été recensées, dont 193 mortelles, soit une hausse de 50 % par rapport à la même période de 2024. Apprendre à nager, ici, ce n’est pas cocher une case olympique. C’est réduire un risque très concret.

Le renforcement annoncé peut donc changer quelque chose, à une condition simple : que les promesses de printemps deviennent des heures d’eau avant l’été, puis à la rentrée. La vraie mesure ne sera ni le nombre de communiqués, ni la photo devant le bassin olympique. Ce sera le nombre d’enfants supplémentaires qui apprendront vraiment à nager, près de chez eux, dans des créneaux réguliers, avec des maîtres-nageurs présents. Pour une fois, il y a des équipements nouveaux, un programme déjà lancé et une occasion politique de faire mieux. Il faut maintenant que cela se voie dans l’eau.