RSA en Seine-Saint-Denis: ce que révèle le salon de l’insertion qui a attiré près de 4 000 personnes
Le chiffre qui compte n’est pas 3 800. C’est 85 600. Le 14 avril, le salon Insertion Formation Emploi du Département, aux Docks Pullman à Saint-Denis, a attiré près de 4 000 personnes. C’est massif pour une journée. Ce n’est qu’un morceau du public visé dans un département qui compte 85 600 allocataires du revenu de solidarité active. Le salon prend donc de la valeur non comme vitrine, mais comme outil de remise en contact à grande échelle. Il réunit chaque année, depuis plus de dix ans, recruteurs, associations, organismes de formation et allocataires. Cette édition s’appuyait sur plus d’une centaine de partenaires, plus de 130 exposants et près de 40 000 allocataires invités.
Ce rendez-vous ne sort pas de nulle part. Depuis 2022, le Département dit avoir doublé ses moyens d’insertion. Il a ouvert 22 agences locales d’insertion, où 277 professionnels accueillent, orientent et suivent les allocataires. Plus de 15 000 personnes y sont passées en 2025. Le salon sert donc moins à “faire l’insertion” qu’à accélérer l’aiguillage: montrer des offres, tester des pistes, remettre des personnes dans un parcours, puis les renvoyer vers un accompagnement plus continu. Le Département affirme aussi consacrer 42 millions d’euros par an à l’insertion, dont 38 millions pour ses partenaires.
Le fond du sujet, c’est que la Seine-Saint-Denis n’est pas un désert d’emplois. L’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail recense 53 330 projets de recrutement dans le département en 2025. Un tiers est jugé difficile à pourvoir. Le marché existe donc, avec ses tensions, ses manques et ses ouvertures. Et le Département pousse justement des filières où les besoins sont réguliers, comme le soin, l’hôtellerie-restauration, le bâtiment ou la transition écologique. Le problème n’est pas seulement de trouver des offres. C’est de faire coïncider ces offres avec des horaires, des trajets, des niveaux de qualification, une garde d’enfants et parfois une simple capacité à tenir dans la durée.
C’est là que le 93 complique tout et rend le sujet plus concret. En Seine-Saint-Denis, 28,4 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les familles monoparentales représentent 25,3 % des familles du département, et 35,8 % de la population des familles monoparentales dont l’adulte référent est une femme vit sous ce seuil. À l’échelle nationale, la Drees montre que les bénéficiaires du RSA situés dans le halo du chômage cumulent souvent des freins très ordinaires mais très efficaces: transport, santé, garde d’enfants. Dans les familles monoparentales de ce groupe, 40 % citent la garde d’enfants comme frein principal pour entamer des démarches. Voilà pourquoi un salon peut être utile sans suffire. Il ouvre des portes, mais il ne règle pas à lui seul la mécanique quotidienne qui fait échouer tant de reprises.
Le vrai bilan ne sera donc pas le nombre de visiteurs. Il sera dans l’après. Combien de rendez-vous tenus, combien d’entrées en formation, combien de contrats signés, puis combien encore debout six mois plus tard. Les données nationales rappellent pourquoi il faut rester strict sur ce point. Fin 2022, 86 % des bénéficiaires du RSA soumis aux droits et devoirs étaient orientés vers un organisme référent, mais pour les foyers entrés dans le RSA en 2023, le délai moyen entre l’entrée et l’orientation restait de 79 jours. Et sur longue période, la sortie vraiment pérenne vers l’emploi salarié ne concerne qu’une minorité: 8,5 % dans l’étude de trajectoires de la Drees. Le salon de Seine-Saint-Denis n’est donc ni un miracle ni un alibi. C’est un test simple: le département sait mobiliser du monde. Il doit maintenant prouver qu’il sait transformer cette mobilisation en suites réelles.