Hôpitaux, Ehpad, médico-social: où en sont vraiment les investissements du Ségur qui concernent la Seine-Saint-Denis
En Seine-Saint-Denis, l’argent du Ségur ne part pas dans tous les sens. Il se concentre sur quelques points névralgiques: le grand chantier de Montfermeil, la remise à niveau de Montreuil, la psychiatrie avec Ville-Évrard, et plus modestement certains établissements pour personnes âgées. Le groupement hospitalier Grand Paris Nord Est porte à lui seul un programme de 431 millions d’euros, dont 338,5 millions d’aides Ségur. Dans cet ensemble, le seul volet Montfermeil pèse 337 millions. L’Agence régionale de santé justifie ce choix par trois mots très concrets: vétusté, conditions d’exercice dégradées, pression démographique.
À Montreuil, on voit mieux ce que ces investissements peuvent changer dans la vie réelle d’un hôpital saturé. En mai 2025, l’Agence régionale de santé et le groupement hospitalier ont signé une convention pour 11 opérations représentant 21 millions d’euros, financées à 56 % par le Ségur, soit 11,8 millions. L’hôpital André-Grégoire avait dépassé les 100 000 passages aux urgences en 2024, avec une hausse de 9 % des urgences adultes sur un an. Les travaux visent des points qui comptent tout de suite: consultations, endoscopie, cardiologie, soins intensifs, scanner, unités d’hospitalisation. Dans le 93, le Ségur n’est donc pas seulement un sujet de béton. Il sert aussi à desserrer des endroits qui coincent déjà tous les jours.
L’autre vrai sujet, c’est la psychiatrie. En Île-de-France, 30 des 77 projets sanitaires du Ségur concernent totalement ou partiellement ce secteur. Parmi les plus gros figure l’établissement public de santé mentale de Ville-Évrard, à 149,7 millions d’euros. Ce n’est pas un dossier secondaire pour la Seine-Saint-Denis: l’hôpital dessert 33 communes sur 40 dans le département. Sur le site de Neuilly-sur-Marne, la restructuration doit s’achever en 2028, avec quatre pôles en construction ou rénovation, dont un pôle accueil médico-technique, une unité spécialisée en soins intensifs et un pôle santé. Là, l’enjeu n’est pas décoratif. Il s’agit de remettre à niveau une offre psychiatrique publique qui couvre une large part du territoire.
Le médico-social est bien là, mais à une autre échelle. Pour les établissements accueillant des personnes âgées, l’Agence régionale de santé recense 83 projets contractualisés en Île-de-France entre 2021 et 2024, pour 92,2 millions d’euros. En avril 2026, 9 seulement étaient achevés. En Seine-Saint-Denis, l’exemple mis en avant est l’Ehpad La Seigneurie: 280 places, 2,37 millions d’euros de travaux, dont 1,42 million de subvention. Le but est simple: mise aux normes, baisse des consommations, meilleur confort pour les résidents. Utile, clairement. Mais on voit bien la hiérarchie: dans le 93, l’effort principal va d’abord à l’hôpital et à la psychiatrie.
C’est ce qui donne sa vraie mesure au dossier. Le Ségur apporte enfin des moyens là où la Seine-Saint-Denis en manque depuis longtemps. Mais il investit dans un système qui reste sous tension. En France, l’hospitalisation complète comptait encore 369 400 lits fin 2023, soit 43 400 de moins qu’en 2013, et la baisse touche aussi la psychiatrie. Autrement dit, ces chantiers peuvent améliorer des urgences, des unités de soins, des bâtiments, des parcours psychiatriques, des chambres en Ehpad. Ils ne suffiront pas à eux seuls si les équipes manquent ou si les ouvertures se font trop lentement. Le point positif, cette fois, est moins dans le discours que dans la carte des projets: dans le 93, l’argent commence bien à arriver sur les points les plus sensibles.