Fermetures de classes en Seine-Saint-Denis: le bras de fer scolaire du printemps
La bataille du printemps ne porte pas seulement sur des slogans. Pour la rentrée 2026, la direction académique a annoncé 296 fermetures et 115 ouvertures dans les écoles primaires du département. À Saint-Denis et Pierrefitte, cela se traduirait par 43 fermetures pour 9 ouvertures. Vu de loin, cela ressemble à un ajustement. Vu de près, cela change déjà la rentrée dans des villes où chaque classe compte.
Bobigny résume bien le problème. La ville demande le réexamen des décisions alors que 7 ouvertures et 8 fermetures sont prévues, malgré une hausse attendue de 104 élèves en élémentaire et de 8 en maternelle. Son communiqué pointe des classes à double niveau plus nombreuses, des effectifs qui dépassent 25 élèves et des inquiétudes pour l’accueil des enfants en situation de handicap. Le sujet n’est donc pas seulement le nombre total de postes. C’est ce que les fermetures font, école par école.
L’État a, lui, une contrainte réelle. Le ministère projette 125 400 élèves de moins dans le premier degré dès la rentrée 2026, et la baisse devrait toucher la majorité des académies et des départements d’ici 2035. La question n’est pas de nier ce recul. Elle est de savoir comment on l’utilise. En Seine-Saint-Denis, l’académie rappelait déjà pour 2025 un taux d’encadrement meilleur que la moyenne nationale, avec 19,7 élèves par classe contre 21,1 en France et 6,70 enseignants pour 100 élèves contre 6,13. C’est justement ce qui rend le débat sérieux: la baisse démographique peut servir à reprendre des moyens, ou à donner un peu d’air à des écoles qui en manquent encore.
Dans le 93, ce choix n’est pas abstrait. La Seine-Saint-Denis reste le département le plus jeune de France métropolitaine selon l’Insee, et son taux de pauvreté atteint 28,4 %. Dans un territoire comme celui-là, une classe en moins ne se résume pas à une ligne de tableau. Elle réduit la marge pour absorber une arrivée d’élève, pour limiter les doubles niveaux, pour suivre les enfants les plus fragiles et pour tenir quand l’école est déjà sous tension. Le vrai sujet des fermetures de classes est là: avec moins d’enfants au niveau national, est-ce qu’on coupe, ou est-ce qu’on consolide là où les besoins restent les plus forts ?