Au Gros Saule et aux Cornouillers, à Aulnay-sous-Bois, le sujet n’est plus de rafistoler un peu. Il s’agit de remettre d’aplomb deux copropriétés de 181 et 196 logements, les principales résidences privées du quartier, dans un secteur appelé à être profondément transformé. Le diagnostic posé par la ville est net: bâti vieillissant, surtout au Gros Saule, ménages souvent modestes, impayés à surveiller, faible participation aux assemblées générales et conseils syndicaux qui tiennent sur trop peu de personnes. Paris Terres d’Envol a lancé une mission de suivi de 24 mois à partir du 1er février 2026 pour accompagner ce redressement.
Ce que cela change est très concret. Le programme ne vise pas seulement des travaux. Il doit aussi aider à remettre de l’ordre dans la gestion, contenir les charges, traiter les dettes, former les représentants des copropriétaires et éviter que les immeubles replongent une fois les chantiers engagés. La convention adoptée en 2023 prévoit un programme de cinq ans entre l’État, l’Agence nationale de l’habitat, Paris Terres d’Envol et la ville, avec 4,9 millions d’euros d’aides aux travaux, 3,7 millions pour l’accompagnement technique et social, et un complément communal pouvant aller jusqu’à 857 euros par logement. Dans une copropriété fragile, le vrai nerf de la guerre n’est pas seulement le béton. C’est la capacité des habitants à payer, voter, suivre et tenir dans la durée.
Aulnay est loin d’être un cas isolé. Lors d’un débat municipal en 2022, la ville expliquait avoir expertisé un peu plus de 200 copropriétés, dont une centaine déjà jugées fragilisées. Cela donne la mesure du sujet: Gros Saule et Cornouillers sont deux cas majeurs, mais ils s’inscrivent dans un parc privé plus large où la moindre hausse de charges ou le moindre retard de travaux peut accélérer la dégradation. En Seine-Saint-Denis, où 20,6 % des résidences principales sont suroccupées, un grand ensemble privé qui décroche ne devient pas seulement un problème de syndic. Il pèse vite sur la qualité de vie, la santé, la stabilité des familles et la possibilité de rester dans son quartier sans subir l’usure du logement.
Le dossier d’Aulnay raconte aussi quelque chose de plus large sur la France du logement privé collectif. L’Agence nationale de l’habitat estime que 150 000 logements en copropriété sont en difficulté avérée, que 215 000 se trouvent dans des copropriétés où les impayés dépassent 20 %, et que près de 1,5 million de logements sont situés dans des copropriétés fragiles ou dégradées. Depuis 2018, le Plan Initiative Copropriétés a soutenu 17 territoires en suivi national, plus de 160 sites en suivi régional et 217 opérations programmées, avec près de 188 700 logements rénovés et un gain énergétique moyen de 49,5 %. Paris Terres d’Envol et Aulnay-sous-Bois figurent parmi les territoires aidés. Le signal utile, ici, est simple: on intervient avant l’effondrement complet. Cela ne garantit pas un redressement rapide. Mais c’est encore le moment où l’action publique peut éviter que des centaines de logements privés basculent durablement hors course.