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SYCTOM à Romainville-Bobigny: le vrai test commence maintenant

Autorisé après enquête publique, le futur centre de traitement des déchets de Romainville-Bobigny promet moins de camions et moins de nuisances. Reste à le prouver.

Illustration - centre de traitement urbain

Le temps de la consultation est passé. L’enquête publique sur le futur centre de traitement des déchets de Romainville-Bobigny s’est tenue du 15 septembre au 15 octobre 2025. La préfecture a ensuite mis en ligne, le 6 mars 2026, l’autorisation environnementale. Le sujet n’est donc plus de savoir s’il faut encore donner son avis. Le sujet est désormais simple: qu’est-ce qui va vraiment changer pour les habitants, et qu’est-ce qui reste à prouver.

Le projet est massif. Le site doit traiter chaque année 350 000 tonnes d’ordures ménagères résiduelles, 60 000 tonnes de déchets issus des collectes sélectives et 40 000 tonnes de déchets alimentaires. Le Syctom promet aussi de transférer une partie des flux vers le canal de l’Ourcq, avec 550 barges par an, soit 2 à 3 par jour, et environ 8 000 camions de moins par an sur les routes. Il ajoute une déchèterie, une ressourcerie et des activités de réemploi. Ce n’est pas un simple chantier technique. C’est un grand équipement métropolitain que l’on veut rendre plus compatible avec une ville dense qui continue de se construire autour de lui.

Cette modernisation répond à une contrainte bien réelle. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est obligatoire pour tous. Or les biodéchets restent la première fraction des déchets municipaux dans l’Union européenne, à 28,8 % du total. En Île-de-France, les déchets ménagers et assimilés représentaient encore 5,36 millions de tonnes en 2023. Il faut donc plus de tri, plus d’outils, plus de capacité. La question n’est pas de savoir s’il faut traiter ces déchets. La question est de savoir où, dans quelles conditions, et pour qui.

C’est là que le dossier devient concret. Dans son avis du 25 juin 2025, l’Autorité environnementale n’a pas contesté le principe du projet. En revanche, elle a pointé plusieurs faiblesses importantes. Elle écrit que la baisse annoncée de 75 % du trafic routier sortant n’est pas suffisamment étayée. Elle note aussi que le projet repose sur un recours massif à la voie fluviale, avec un trafic sur le canal qui augmenterait de 39 %, sans démonstration suffisante sur les effets pour les riverains. Elle rappelle enfin que le site touche un tissu urbain en mutation, notamment du côté de la zone de l’Horloge à Romainville, et que les premières habitations sont à environ 150 mètres. Sur les odeurs, elle relève un passif de plaintes et un enjeu fort. En clair, le projet promet moins de camions et moins de nuisances, mais il doit encore démontrer qu’il tiendra vraiment sur ces deux points.

Un autre point ne peut pas être relégué en annexe. L’Autorité environnementale demande aussi un diagnostic et une analyse de risque liés à l’usage ancien de substances radioactives sur la partie du site située à Bobigny. Dès qu’un équipement de cette taille se trouve au contact direct de zones habitées, ce type de question cesse d’être technique. Cela devient un sujet public à part entière.

Ce dossier dit au fond quelque chose de très simple sur la Seine-Saint-Denis. Le département accueille des fonctions indispensables au Grand Paris, mais il demande en retour des résultats vérifiables, pas des promesses vagues. Si le nouveau site réduit réellement les flux de camions, fait reculer les odeurs, publie des contrôles lisibles et tient sa parole sur le tri et le réemploi, il pourra défendre sa légitimité. Si ce n’est pas le cas, le débat repartira de plus belle, avec une question très claire: pourquoi le 93 devrait-il encore porter une infrastructure dont la métropole veut le service, sans voir la baisse nette des nuisances qu’on lui annonce?