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Au large de Fécamp, des goélands passent des heures sur un mât en mer

Au large de Fécamp, des goélands se posent pendant des heures sur un mât scientifique. Les chercheurs suivent vingt oiseaux par GPS pour comprendre leurs haltes.

Illustration - Goélands sur un mât offshore

Au large de Fécamp, Fernande a ses habitudes. Ce goéland marin revient régulièrement se poser sur un mât de mesures, au point de devenir la mascotte d’un programme scientifique. À 13 kilomètres des côtes, l’installation construite pour étudier le vent et la mer sert aussi de perchoir. Et Fernande n’est pas la seule à en profiter.

Certains goélands y passent quelques minutes, d’autres plusieurs heures. Ces escales, enregistrées par France Énergies Marines, soulèvent une question inattendue : en installant des structures au large, modifie-t-on aussi les habitudes des oiseaux marins ?

Vingt goélands suivis à la trace

À la limite sud du parc éolien de Fécamp, le mât est devenu un véritable observatoire de la faune. Depuis 2024, des appareils photographiques enregistrent les oiseaux qui viennent s’y poser. Parallèlement, vingt goélands marins ont été équipés de balises GPS : onze à Fécamp et neuf au Havre, lors de campagnes commencées en 2024 et 2025.

Les balises ont transmis plusieurs milliers de positions. Elles révèlent des trajets à travers le parc éolien et des arrêts répétés sur le mât.

Les photographies montrent quelles espèces fréquentent la plateforme, combien d’oiseaux s’y trouvent et à quels moments. Les balises GPS permettent de suivre les déplacements de chaque oiseau équipé : d’où il vient, où il repart et s’il revient régulièrement.

En croisant les deux, les chercheurs espèrent comprendre ce qui favorise ces haltes. Le vent, les marées ou la saison jouent-ils un rôle ? Certains goélands ont-ils pris l’habitude de venir, tandis que d’autres passent leur chemin ?

Quand une installation devient une étape du voyage

Les études sur les éoliennes en mer cherchent notamment à mesurer les risques de collision et les comportements d’évitement. Mais les oiseaux peuvent aussi être attirés par les structures, qui leur offrent un endroit où se poser au large.

Le phénomène est déjà documenté ailleurs. Au large du Croisic, le programme scientifique PIAFF&CO a analysé près de 30 000 images autour de l’éolienne flottante FLOATGEN. Les chercheurs y ont observé des goélands toute l’année, utilisant son flotteur comme reposoir le jour et comme dortoir la nuit. Leur fréquentation varie notamment avec les marées.

À Fécamp, le suivi individuel pourrait montrer si le mât est une halte régulière sur certains parcours ou une escale liée aux conditions en mer. Les chercheurs cherchent ainsi à comprendre comment ces reposoirs artificiels peuvent influencer les déplacements des oiseaux.

Ces haltes méritent d’être étudiées au même titre que les comportements d’évitement. Elles ne démontrent pas pour autant que les oiseaux s’exposent davantage aux pales des éoliennes.

Un observatoire dont l’avenir reste incertain

France Énergies Marines cherche désormais un stagiaire de master ou d’école d’ingénieurs pour analyser ces données pendant six mois au Havre, à partir du 1er février 2027. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 15 novembre 2026.

Le mât pourrait cependant disparaître à moyen terme. Selon Mer et Marine, son entretien coûte plus de 100 000 euros par an et son autorisation d’occupation arrive à échéance fin 2028. Sans nouvelles ressources financières, France Énergies Marines pourrait devoir envisager son démantèlement.

Pour les chercheurs, perdre cette plateforme signifierait aussi perdre un poste d’observation en pleine mer. Celui-là même où Fernande et d’autres goélands ont pris l’habitude de s’arrêter.

Sources consultées
  1. France Énergies MarinesStage Master/Ingénieur – Étude de l'effet reposoir d'oiseaux marins sur une structure offshore
  2. France Énergies MarinesMât de mesures de Fécamp
  3. France Énergies MarinesCommunication sur le suivi des goélands marins dans DRACCAR-MMERMAID
  4. Fondation OPEN-CPIAFF&CO : les résultats de 4 ans d'étude des interactions entre éolien flottant et faune volante
  5. Mer et MarineMât de mesures de Fécamp : « le spectre du démantèlement » plane sur cet outil de recherche pour l'éolien unique en France