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Au Havre, le projet Salamandre revient sous le nom de Biocéane

Après l’abandon de Salamandre, ENGIE et CMA CGM proposent une nouvelle unité de biométhane au Havre, dont le CO₂ pourrait alimenter un futur projet de kérosène de synthèse.

Illustration du projet industriel au Havre

Au Grand Canal du Havre, ENGIE et CMA CGM proposent une nouvelle version du projet de biométhane initialement baptisé Salamandre. L’accord-cadre signé le 13 octobre 2026 porte sur Biocéane, une unité qui viserait 7 000 tonnes de biométhane par an à partir de 2029-2030. Salamandre avait été abandonné en janvier 2025 après que les études d’ingénierie eurent révélé un coût d’investissement incompatible avec sa viabilité financière.

La méthode et le calendrier ont changé. Salamandre devait chauffer à haute température des déchets secs de bois et des combustibles solides de récupération pour produire un gaz de synthèse, ensuite transformé en méthane. Biocéane part d’autres matières premières : effluents d’élevage, biodéchets ménagers et résidus agricoles. Le procédé annoncé est la méthanisation, dans laquelle des micro-organismes décomposent les matières organiques sans oxygène. Le biogaz obtenu est ensuite épuré pour produire du biométhane.

L’ancienne unité visait 11 000 tonnes par an, avec une mise en service prévue en 2027. Le nouveau projet affiche donc une capacité inférieure et un calendrier plus tardif. Il conserve cependant le même débouché maritime : fournir un carburant renouvelable à CMA CGM.

Pour l’armateur, l’intérêt est de pouvoir utiliser ce gaz dans ses navires équipés pour fonctionner au gaz naturel liquéfié (GNL), sans modifier leurs moteurs ni les infrastructures de soutage. À l’échelle d’une flotte de plus de 600 navires, les 7 000 tonnes annuelles visées ne représenteraient qu’un apport limité aux besoins en carburant de CMA CGM.

Le gaz produit au Havre ne sera pas nécessairement livré physiquement aux navires depuis l’usine. Il doit être injecté dans le réseau gazier européen, puis attribué à CMA CGM grâce à un dispositif certifié de traçabilité. Ce mécanisme permettrait à l’armateur de comptabiliser le biométhane dans son approvisionnement sans que les molécules produites au Havre soient acheminées directement jusqu’à ses navires.

Biocéane doit également produire du digestat, valorisable comme fertilisant agricole, et permettre la récupération de 13 000 tonnes de CO₂ biogénique par an. Ce gaz carbonique pourrait alimenter France KerEAUzen, un projet industriel distinct qui vise jusqu’à 70 000 tonnes de kérosène de synthèse par an à l’horizon 2032. Cette future unité doit combiner du CO₂ et de l’hydrogène renouvelable. Les 24 hectares attribués à ENGIE par HAROPA PORT en 2023 concernent bien ces deux projets, et non la seule unité de biométhane.

HAROPA PORT prévoit environ 40 000 tonnes de marchandises acheminées par mer chaque année pour approvisionner Biocéane.

ENGIE estime que Biocéane éviterait 23 000 tonnes d’émissions de CO₂ par an. Ce chiffre est une estimation des partenaires, pas un résultat mesuré sur une installation en service. Le montant de l’investissement n’a pas été communiqué. ENGIE doit encore achever la conception technique et obtenir les autorisations ; la construction reste conditionnée à une décision finale d’investissement.

Sources consultées
  1. ENGIEENGIE et CMA CGM s’associent pour investir dans la production de biométhane au Havre
  2. HAROPA PORTCMA CGM et ENGIE ouvrent un nouveau chapitre de la biométhanisation au Havre
  3. News Tank EnergiesProjet Salamandre : « Un montant d’investissement supérieur à celui initialement estimé » (Engie)
  4. HAROPA PORTHAROPA PORT et ENGIE s’associent pour construire le plus grand site de carburants renouvelables
  5. ADEMEFRANCE KEREAUZEN, études FEED d’une usine intégrée de production de kérosène de synthèse décarboné pour l’aviation
  6. Mer et MarineCMA CGM et Engie signent un accord-cadre pour une unité de biométhane au Havre