
Un homme frappé au sol dans une rue de Rouen. Des policiers interviennent, tandis que ses agresseurs présumés s’éloignent en scandant des slogans nationalistes. La scène, diffusée samedi 24 octobre par le média Blast, a provoqué une polémique sur l’attitude des forces de l’ordre. Depuis dimanche, la justice enquête pour violences aggravées.
Les faits se sont produits dans le centre-ville, aux abords de l’espace du Palais, après la dispersion de la manifestation contre la vie chère. Selon le procureur de Rouen, Sébastien Gallois, des affrontements ont opposé des individus issus des mouvances d’ultradroite et d’ultragauche.
Des hommes s’éloignent pendant l’intervention policière
Sur les images diffusées par Blast, plusieurs hommes, certains cagoulés, s’en prennent à une personne à terre. Une dizaine de policiers traversent ensuite le groupe et interviennent auprès de cette personne. Les agresseurs présumés se retirent en lançant notamment « Rouen, Rouen, nationalistes ».
Blast affirme que les policiers ont contrôlé les manifestants tout en laissant repartir les militants identitaires. La séquence a alimenté les accusations de La France insoumise, qui reproche aux forces de l’ordre d’avoir protégé des groupes d’ultradroite dans plusieurs villes.
Interrogé lundi 26 octobre sur BFMTV et RMC, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a catégoriquement rejeté ces accusations. Il assure que policiers et gendarmes sont intervenus pour mettre fin aux affrontements et qu’ils n’ont jamais agi en concertation avec ces groupes.
À Rouen, selon le bilan général communiqué par la préfecture le 24 octobre à 18 h 30, 30 personnes avaient été interpellées au cours de la journée, notamment pour port d’armes, participation à des groupements et dissimulation du visage. Rien ne permet toutefois de rattacher ces interpellations aux personnes visibles sur la vidéo de Blast.
Des violences filmées, mais aucune victime identifiée
L’enquête judiciaire a été ouverte dès dimanche 25 octobre, avant même le signalement adressé lundi matin au parquet par le préfet de Seine-Maritime, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale.
Dans son communiqué du 26 octobre, le procureur précise que les policiers sont intervenus à plusieurs reprises pour séparer les groupes antagonistes.
Mais l’enquête rencontre une difficulté inattendue : malgré les recherches auprès des secours et des établissements de santé, aucune victime n’a encore pu être précisément identifiée. Aucun dépôt de plainte n’a été porté à la connaissance du procureur et aucun témoin ni détenteur d’images ne s’est présenté aux enquêteurs, selon le parquet.
La justice peut agir sans plainte. Encore faut-il établir qui a frappé qui, dans quelles circonstances, et retrouver des éléments permettant d’attribuer les violences à des personnes précises.
Les enquêteurs vont donc exploiter les enregistrements des caméras de vidéoprotection du quartier. Ces images pourront compléter celles diffusées sur les réseaux sociaux et permettre de reconstituer les déplacements des différents protagonistes.
Deux semaines de tensions dans le centre de Rouen
Des affrontements entre groupes antagonistes avaient déjà eu lieu le 17 octobre, en haut de la rue Jeanne-d’Arc. Le procureur précise que les investigations n’avaient alors permis d’identifier aucune victime.
Les deux journées doivent cependant être distinguées. La préfecture a démenti la circulation de vidéos du 17 octobre présentées à tort comme datant du 24. La séquence diffusée par Blast concerne bien les nouveaux événements du 24 octobre.
Laurent Nuñez a reconnu que les services de sécurité avaient repéré des appels de groupes identitaires à descendre dans les centres-villes pour « protéger les commerces ». Selon le ministre, ces groupes sont en réalité venus principalement chercher l’affrontement avec des militants d’ultragauche.
À Rouen, le maire Nicolas Mayer-Rossignol et la députée Florence Hérouin-Léautey ont demandé lundi au Premier ministre la dissolution de plusieurs organisations d’ultradroite, dont Les Normaux et l’Action française. Cette demande politique s’ajoute à la procédure pénale ouverte sur les violences du 24 octobre.
Autour de l’espace du Palais, les enquêteurs cherchent désormais à identifier aussi bien l’homme frappé au sol que ceux qui lui ont porté des coups.
Sources consultées
- AFP, via TV5MONDELes forces de l'ordre accusées de protéger l'ultradroite en marge des manifs, Nuñez conteste
- Sweet FMAffrontements entre identitaires et antifas : le parquet de Rouen ouvre une enquête
- InfoNormandieAffrontements entre ultradroite et ultragauche à Rouen : le parquet ouvre une enquête pour violences aggravées
- Anadolu AjansıFrance : une enquête ouverte après des violences attribuées à l’ultradroite à Rouen
- InfoNormandieManifestations en Seine-Maritime : 42 interpellations, des tensions à Rouen et trois blessés légers
- LégifranceCode de procédure pénale, article 40