
À Petit-Couronne, le pompage principal des hydrocarbures qui polluent la nappe phréatique a cessé en 2025. Mais sous une partie de la commune, des hydrocarbures subsistent, et onze bâtiments conservent des dispositifs destinés à empêcher les vapeurs de pénétrer à l’intérieur. Le bilan publié le 20 octobre par Atmo Normandie confirme une nette amélioration de la qualité de l’air, sans pour autant refermer ce dossier vieux de trente-cinq ans.
La pollution remonte à des fuites survenues entre 1985 et 1990 dans les installations de la raffinerie. Les hydrocarbures ont suivi les eaux souterraines jusqu’à la partie basse de Petit-Couronne, notamment vers les rues Pierre Corneille et Berthet, l’impasse Aglaé Drouard et les abords du boulevard Cordonnier.
Pendant des années, des habitants ont signalé de fortes odeurs dans leurs logements. En 2008, des contrôles portant sur 65 bâtiments avaient permis d’identifier au moins quatorze habitations affectées par des vapeurs de benzène provenant de la nappe.
Pourquoi arrêter de pomper s’il reste des hydrocarbures ?
Les travaux de récupération ont commencé dès 1990. Pendant des décennies, un réseau de pompes et d’installations de traitement a extrait les hydrocarbures flottant à la surface de la nappe.
Mais ce dispositif a fini par atteindre sa limite. Selon l’arrêté préfectoral du 30 juillet 2026, les quantités récupérées étaient devenues inférieures à celles éliminées par la dégradation naturelle. Une expertise indépendante a validé cette méthode d’évaluation.
Continuer à faire fonctionner les installations principales n’apportait donc plus de bénéfice suffisant. En revanche, cinq points présentant encore des accumulations inhabituelles font toujours l’objet d’une récupération manuelle des hydrocarbures chaque semaine.
Shell France doit également surveiller l’évolution des hydrocarbures flottants et dissous. Le dispositif couvre plusieurs secteurs, depuis le domaine portuaire et l’ancienne gare routière jusqu’à la zone résidentielle située au nord-est de la pollution historique.
La priorité est désormais de suivre la pollution résiduelle et d’empêcher les vapeurs d’atteindre l’intérieur des bâtiments.
L’air extérieur s’est amélioré, les logements restent contrôlés
En 2025, les concentrations moyennes annuelles de benzène dans l’air extérieur sont restées sous l’objectif de qualité de 2 microgrammes par mètre cube. Depuis 2022, elles sont comparables à celles mesurées dans le centre de Rouen, près du palais de justice.
La surveillance extérieure en continu a donc été abandonnée en 2026, au profit de mesures ponctuelles pendant la campagne hivernale.
À l’intérieur, les résultats sont moins uniformes. Atmo a relevé trois dépassements de la valeur cible de 2 µg/m³ en 2025, puis un en 2026. Aucun des trois dépassements de 2025 n’atteignait la valeur repère de 6 µg/m³ du Haut Conseil de la santé publique, au-dessus de laquelle des investigations complémentaires sont préconisées.
L’origine de ces concentrations doit toutefois être distinguée de la pollution souterraine. Sur deux des trois points concernés en 2025, ainsi que sur celui de 2026, les occupants ont déclaré fumer à l’intérieur. Le tabac constitue lui aussi une source de benzène.
Une pollution qui laisse des obligations attachées aux maisons
Onze bâtiments disposent de systèmes qui captent les gaz du sol avant qu’ils ne pénètrent à l’intérieur. Shell doit en assurer l’entretien et vérifier chaque année leur fonctionnement. L’arrêté préfectoral prévoit aussi des contrôles annuels de l’air intérieur dans dix-neuf bâtiments, dont certains sont protégés par une installation située chez un voisin.
Dans les rues concernées, la pollution a également une traduction juridique. Des servitudes d’utilité publique imposent de conserver les protections en état, de permettre les interventions nécessaires et d’informer les futurs propriétaires ou occupants de la situation environnementale. L’entretien des dispositifs prescrits reste à la charge de Shell.
La surveillance des concentrations de benzène par Atmo doit se poursuivre jusqu’en 2029. De son côté, Shell est soumise depuis juillet 2026 à au moins quatre années supplémentaires de surveillance environnementale. Son interruption nécessitera l’accord de l’inspection des installations classées.
Les travaux ont permis de réduire suffisamment la pollution pour arrêter les principales installations de récupération. Mais à Petit-Couronne, une partie de cet héritage industriel restera présente dans les obligations des propriétaires et dans les équipements que Shell devra continuer d’entretenir.
Sources consultées
- Atmo NormandieSuivi des teneurs en benzène dans l’air à Petit-Couronne en 2025 et 2026
- Atmo NormandieSuivi des teneurs en benzène dans l’air à Petit-Couronne, rapport de cadrage méthodologique, septembre 2025
- Préfecture de la Seine-MaritimeArrêté du 30 juillet 2026 imposant à Shell France des mesures de surveillance environnementale à Petit-Couronne
- Préfecture de la Seine-MaritimeArrêtés du 30 juillet 2026 complétant les servitudes d'utilité publique à Petit-Couronne
- Haut Conseil de la santé publiqueValeurs repères d’aide à la gestion de la qualité de l’air intérieur pour le benzène, octobre 2024