
À Bois-l’Évêque, près de Rouen, l’association Triticum invite les habitants à semer des céréales paysannes à la main sur sa parcelle expérimentale du hameau de Beaulieu. La participation est gratuite, et les semis auront lieu dès que la météo le permettra.
Le geste paraît simple. Pourtant, certaines des céréales cultivées par Triticum ont d’abord été récupérées en quantités minuscules. En 2021, son cofondateur Simon Bridonneau racontait au Parisien avoir parfois disposé d’une simple « poignée de graines » pour préserver une variété.
À partir de ces quelques grains, il faut cultiver, récolter, puis ressemer pour obtenir progressivement assez de semences à transmettre à des agriculteurs. Une collection de céréales ne se conserve pas seulement dans des sachets : elle doit aussi continuer à pousser.
Des blés qui portent encore le nom de leur pays
Créée en 2019, Triticum entretient aujourd’hui une collection de plus de 300 variétés de céréales anciennes. Certaines portent des noms évocateurs, comme le Bon Cauchois, le Rouge de Bordeaux ou le Blanc de Flandre. L’association travaille également sur l’orge, le seigle et l’épeautre.
Ces céréales dites « paysannes » ne sont pas uniquement des variétés anciennes. Beaucoup rassemblent des plantes génétiquement diverses, là où de nombreuses variétés modernes ont été sélectionnées pour leur homogénéité. Elles peuvent continuer à évoluer au fil des cultures et des sélections réalisées par les agriculteurs.
Les ressemer permet donc à la fois de renouveler les stocks de graines et d’observer leur comportement dans les conditions locales.
En 2025, selon un bilan présenté à la Métropole Rouen Normandie, Triticum a implanté 222 variétés sur une parcelle expérimentale de l’association, dont 68 ont fait l’objet d’un suivi agronomique. L’association a également étudié 30 variétés dans dix exploitations agricoles normandes.
Des graines aux champs, puis aux boulangeries
L’intérêt dépasse la préservation d’un patrimoine végétal. Les variétés étudiées peuvent aussi servir à produire de la farine, du pain ou de la bière. Triticum travaille ainsi avec des agriculteurs, meuniers, boulangers et brasseurs pour cultiver ces céréales, les moudre et en faire du pain ou de la bière en Normandie.
La participation des habitants relie ces deux dimensions. Semer à la main permet de découvrir des plantes et des savoir-faire agricoles peu familiers, tout en prêtant main-forte au travail annuel de multiplication des semences. L’association propose d’ailleurs régulièrement des chantiers participatifs, des semis jusqu’aux moissons.
Pour cette campagne d’automne, les inscriptions gratuites aux semis de Bois-l’Évêque sont ouvertes sur HelloAsso. La période annoncée s’étend du 20 octobre au 18 novembre 2026, mais aucune journée précise n’est encore fixée. Les participants seront prévenus lorsque les conditions météorologiques seront favorables.
Ils pourront alors rejoindre la parcelle de Beaulieu pour les prochains semis à la main.
Sources consultées
- Association TriticumSemis manuels participatifs - Bois-l'Évêque
- Association TriticumNos rencontres et évènements
- Association TriticumSemences paysannes
- Le ParisienCes paysans-citoyens qui font revivre les variétés anciennes de céréales
- Métropole Rouen NormandieProjets de délibérations du Bureau du 9 février 2026, partenariat Triticum, page 86