
À Rouen, des magasins pillés, des incendies et une manifestation interdite deux fois, les 14 et 17 octobre. Samedi, les violences qui ont éclaté en marge des rassemblements ont conduit le préfet de Seine-Maritime à prendre un nouvel arrêté contre la « Marche des Normands », alors que le tribunal administratif avait suspendu la première interdiction la veille.
La journée a réuni 14 000 manifestants dans le département, dont 9 000 à Rouen, 4 700 au Havre et 300 à Dieppe, selon la préfecture. Son dernier bilan disponible, établi samedi à 20 h 30, fait état de 40 interpellations et de 17 blessés, dont un membre des forces de l’ordre. Ces chiffres restent provisoires et concernent l’ensemble de la Seine-Maritime.
À Rouen, plusieurs commerces du centre-ville ont été attaqués. Selon Actu Rouen, le magasin Boulanger figure parmi les enseignes pillées, tandis qu’InfoNormandie a photographié la vitrine fracassée d’un magasin de sport. Des groupes se sont dispersés puis reformés au cours de l’après-midi, affrontant les forces de l’ordre.
Au Havre, les autorités signalent également des pillages, des incendies volontaires et des dégradations. D’après le bilan préfectoral rapporté par InfoNormandie, les gares des deux villes ont aussi été touchées. Les dommages exacts et leurs éventuelles conséquences sur la circulation des trains ne sont pas établis.
La plupart des manifestants ont défilé pacifiquement. Mais à Rouen, les affrontements ont également perturbé la préparation d’un rassemblement distinct, dont la tenue faisait déjà l’objet d’une bataille juridique.
Vendredi, le tribunal suspend deux interdictions
La « Marche des Normands », organisée par un collectif identitaire d’extrême droite, devait partir du Donjon de Rouen samedi en fin d’après-midi. Une contre-manifestation antifasciste était également prévue.
Le 13 octobre, le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, avait demandé au préfet d’interdire la marche en raison des risques d’affrontements. Le lendemain, la préfecture interdisait les deux rassemblements.
Les organisateurs ont contesté ces décisions devant le tribunal administratif de Rouen. Vendredi 16 octobre, le juge des référés leur a donné gain de cause en suspendant les interdictions préfectorales.
En France, une manifestation sur la voie publique doit être déclarée, mais elle n’est pas soumise à autorisation. Le tribunal n’avait donc pas « autorisé » les rassemblements : il avait suspendu les arrêtés qui les interdisaient.
Samedi matin, la marche et sa contre-manifestation pouvaient donc avoir lieu.
Samedi, les violences changent les conditions du maintien de l’ordre
Dans l’après-midi, alors que des affrontements et des pillages se poursuivaient dans Rouen, le préfet a pris une nouvelle décision interdisant la Marche des Normands.
Selon la préfecture, citée par InfoNormandie, les forces de l’ordre étaient déjà trop mobilisées pour garantir la sécurité des participants face aux risques d’affrontements entre groupes antagonistes. Les échanges avec les organisateurs n’avaient pas permis de trouver une solution.
Des affrontements ont effectivement éclaté entre des participants à la marche identitaire et des militants antifascistes, comme l’a documenté ICI Normandie. D’après la préfecture, les organisateurs ont fini par mettre un terme à leur déambulation après de premières confrontations violentes.
Une suspension judiciaire n’empêche pas définitivement le préfet de prendre une nouvelle mesure si les circonstances changent. L’article L. 211-4 du Code de la sécurité intérieure permet d’interdire une manifestation susceptible de troubler l’ordre public. Chaque interdiction doit toutefois être nécessaire et proportionnée au risque.
Vendredi, le juge avait examiné les risques anticipés avant les rassemblements. Samedi, le préfet invoquait des violences déjà en cours et les effectifs disponibles pour prévenir d’autres affrontements.
Ces circonstances nouvelles pouvaient motiver une seconde interdiction, sans suffire à en établir la légalité. Le texte intégral de ce nouvel arrêté n’a pas pu être consulté.
Des policiers sollicités dans plusieurs lieux à la fois
Sur l’ensemble du département, 240 policiers et gendarmes ainsi que 88 sapeurs-pompiers ont été mobilisés samedi, d’après le bilan préfectoral.
À Rouen, les autorités ont dû intervenir face à des groupes violents qui se déplaçaient entre plusieurs secteurs, tandis que d’autres rassemblements devaient être sécurisés.
La préfecture avait identifié ce risque de dispersion avant samedi. Un arrêté du 15 octobre décrivait déjà des violences répétées en marge des mobilisations lycéennes et le déplacement de groupes entre différents sites. Rien ne permet toutefois d’affirmer que les mêmes personnes étaient impliquées dans les incidents du 17 octobre.
Dimanche 18 octobre, la gravité des blessures, l’inventaire des dégâts et les suites judiciaires des 40 interpellations restent à préciser. À Rouen, la Marche des Normands s’est achevée après une seconde interdiction préfectorale, prise au lendemain de la suspension de la première par la justice. Aucune décision judiciaire concernant ce nouvel arrêté n’a pu être vérifiée à ce stade.
Sources consultées
- InfoNormandieManifestations à Rouen et au Havre : 40 interpellations et 17 blessés, selon la préfecture
- Actu RouenMagasins pillés, affrontements, incendies… Des scènes de chaos dans le centre de Rouen en ce jour de manifestation
- Ville de RouenLa Marche des Normands à Rouen : le maire saisit le préfet et demande son interdiction
- Paris-NormandieÀ Rouen, « la Marche des Normands » et sa contre-manifestation autorisées par le tribunal
- ICI NormandieVidéo : des affrontements à Rouen entre des participants à la Marche des Normands et des opposants
- LégifranceArticle L. 211-4 du Code de la sécurité intérieure