
Et si les sédiments du port du Havre abritaient des microorganismes capables de produire des substances utiles contre les pollutions pétrolières ? C’est la piste explorée par « Biosurfactants portuaires », l’un des neuf projets scientifiques annoncés le 15 octobre par l’Université Le Havre Normandie.
L’équipe du microbiologiste Zulfiqar Ahmad cherchera à isoler des microorganismes producteurs de biosurfactants, des molécules capables de faciliter la dispersion des hydrocarbures. Leur efficacité et leurs effets environnementaux seront comparés à ceux de dispersants chimiques.
Disperser le pétrole, ce n’est pas le faire disparaître
Lors d’une pollution marine, les dispersants fragmentent les nappes de pétrole en fines gouttelettes qui se mélangent à l’eau. Cette technique peut réduire la quantité d’hydrocarbures flottant en surface et favoriser leur dégradation naturelle.
Mais elle déplace aussi une partie de la pollution dans la colonne d’eau, où d’autres organismes risquent d’y être exposés. Remplacer un dispersant chimique par une molécule produite par un microorganisme ne garantit donc pas un meilleur bilan écologique.
C’est précisément ce que les chercheurs havrais veulent examiner en associant microbiologie, chimie et écotoxicologie : trouver des substances efficaces, puis mesurer leurs effets sur le vivant.
Au Havre, cette recherche a déjà une histoire
La piste biologique n’est pas nouvelle. En 2015, des chercheurs du Laboratoire Ondes et Milieux Complexes du Havre et leurs partenaires avaient publié dans la revue Chemosphere une étude sur la décontamination de sédiments portuaires dragués.
Ils avaient notamment expérimenté des biosurfactants dans un procédé utilisant un courant électrique pour extraire des polluants. Les résultats étaient contrastés : dans les conditions de l’expérience, le traitement utilisant les biosurfactants extrayait moins efficacement certains métaux et hydrocarbures aromatiques polycycliques que celui utilisant un tensioactif synthétique de référence.
Le nouveau projet suit une autre démarche. Il ne s’agit plus d’ajouter des biosurfactants connus à un procédé de traitement électrique, mais de rechercher des microorganismes portuaires capables d’en produire, puis d’évaluer leurs molécules.
Une substance intéressante en laboratoire doit encore fonctionner dans les conditions envisagées, sans aggraver les effets de la pollution qu’elle est censée combattre.
Un port qui fournit aussi des questions scientifiques
Au Havre, les sédiments sont un sujet quotidien pour l’activité portuaire. Le dragage permet de maintenir les accès navigables, tandis que leur gestion impose des opérations de surveillance, d’immersion et parfois de valorisation. HAROPA PORT développe notamment des pistes de traitement et de réutilisation de ces matériaux.
« Biosurfactants portuaires » fait partie des neuf projets de recherche soutenus par le campus polytechnique havrais, pour un financement total de 58 000 €. Cette enveloppe doit permettre de réaliser de premières expériences et de préparer des travaux plus ambitieux.
Un premier point d’étape est prévu à la mi-2027. L’équipe cherchera notamment à déterminer si les microorganismes présents dans les sédiments du port du Havre produisent des molécules capables de disperser efficacement les hydrocarbures, avec des effets environnementaux mieux maîtrisés que ceux des dispersants chimiques.
Sources consultées
- Campus Polytechnique des Territoires Maritimes et PortuairesNeuf projets, trois ECR : l’interdisciplinarité passe à l’expérimentation
- Ammami et al., ChemosphereApplication of biosurfactants and periodic voltage gradient for enhanced electrokinetic remediation of metals and PAHs in dredged marine sediments
- NOAA, Office of Response and RestorationWhat Have We Learned About Using Dispersants During the Next Big Oil Spill?
- HAROPA PORTAméliorer l’acceptabilité des activités portuaires