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Entre Sandouville et Port-Jérôme, 130 millions d’euros pour une industrie qui manque de puissance électrique

Dans la vallée de la Seine, les demandes industrielles dépassent la capacité électrique disponible. RTE construit 20 km de liaison souterraine et un poste pour permettre de nouveaux raccordements.

Illustration - Réseau électrique et vallée industrielle

Entre Sandouville et Saint-Jean-de-Folleville, quatre équipes travaillent désormais sur les 20 kilomètres d’une future liaison électrique souterraine de 225 000 volts. À l’arrivée, RTE prépare le poste électrique de Roseaux, sur une plateforme d’environ sept hectares. Ces travaux répondent à une situation peu visible : dans les zones industrielles du Havre et de Port-Jérôme, les demandes de raccordement dépassent largement la puissance électrique encore disponible.

Des projets industriels déjà contraints

Fin 2025, RTE recensait 1 160 mégawatts de demandes de raccordement suffisamment avancées, alors que les réseaux de transport et de distribution ne disposaient plus que de 450 mégawatts de capacité pour de nouveaux raccordements.

Les projets concernés vont de la production d’hydrogène bas carbone aux carburants durables pour l’aviation, en passant par le recyclage chimique des plastiques. Certains visent à électrifier des activités existantes, d’autres à créer de nouvelles installations.

Faute de place pour tous, l’État a dû fixer des priorités. Le 6 mars 2025, le préfet de Normandie a établi un nouvel ordre de raccordement, notamment pour les projets de décarbonation industrielle, d’hydrogène bas carbone et ceux reconnus d’intérêt national majeur. Plusieurs industriels n’ont ainsi obtenu qu’une partie de la puissance demandée en attendant le renforcement du réseau.

Une entreprise peut disposer d’un projet et de financements sans pouvoir obtenir immédiatement la puissance électrique nécessaire à son fonctionnement.

540 millions d’euros pour augmenter la capacité

Le programme des Boucles de la Seine doit apporter 1 500 mégawatts de capacité de raccordement supplémentaire. RTE estime que la consommation électrique de la zone pourrait quadrupler d’ici 2035, une projection qui dépendra de la réalisation effective des projets industriels.

L’investissement total est évalué à 540 millions d’euros, aux conditions économiques de 2024. La seule liaison souterraine entre Sandouville et Saint-Jean-de-Folleville représente environ 130 millions d’euros.

Elle reliera le poste de Noroit, en construction à Sandouville, au futur poste de Roseaux. Le programme comprend également une nouvelle ligne aérienne de 400 000 volts depuis Rougemontier, dans l’Eure. Les premiers nouveaux raccordements sont prévus à partir de 2029.

Ces infrastructures sont financées notamment par le tarif d’utilisation des réseaux, payé à travers les factures d’électricité, et par les entreprises qui demandent à s’y raccorder. Une partie du coût est donc partagée entre les utilisateurs du réseau.

Un réseau renforcé, des choix environnementaux contestés

Pour la liaison entre Sandouville et Port-Jérôme, RTE a retenu l’enfouissement des câbles, principalement sous les chaussées. Cette solution limite les nouveaux ouvrages aériens, mais coûte davantage et impose des travaux complexes, notamment sous des canaux et à proximité des routes.

Le tracé et l’implantation du poste de Roseaux ont suscité des objections. En novembre 2025, le Conseil national de la protection de la nature a rendu un avis défavorable au dossier concernant les espèces protégées. Il reprochait notamment à RTE d’avoir retenu pour Roseaux un emplacement en zone humide alors qu’une autre implantation, déjà plus artificialisée, était envisageable.

RTE a répondu que cette alternative aurait nécessité davantage de lignes électriques et défendu ses mesures de réduction et de compensation des impacts. La commission d’enquête a finalement rendu un avis favorable, puis les autorisations administratives ont été délivrées au printemps 2026.

Sur le terrain, les contraintes se voient déjà. Sous le pont de Tancarville, les travaux de l’été ont nécessité des restrictions sur la RD982. Le calendrier publié par RTE prévoit également une circulation alternée en semaine, entre 9 h et 16 h, jusqu’au 1er novembre, puis de nouvelles interventions à l’été 2027.

Pour les industriels, le renforcement du réseau rendra possibles de nouveaux raccordements, sans garantir à lui seul la réduction des émissions de CO₂. Celle-ci dépendra des équipements et des procédés que les entreprises choisiront effectivement de transformer.

À Saint-Jean-de-Folleville, les terrassements du futur poste de Roseaux ont commencé.

Sources consultées
  1. RTETransition énergétique des Boucles de la Seine : trois chantiers engagés pour renforcer le réseau électrique normand
  2. Commission d’enquête publiqueRapport et conclusions de l’enquête publique, tranche 2 du projet Transition énergétique des Boucles de la Seine, février 2026
  3. Conseil national de la protection de la natureAvis du CNPN sur le projet Transition énergétique des Boucles de la Seine, novembre 2025
  4. Préfecture de l’EureDécisions « Transition énergétique des Boucles de la Seine » (RTE)
  5. RTERTE débute les travaux de la liaison souterraine 225 000 volts le 29 juin : circulation aménagée de la D982 à Tancarville jusqu’en novembre