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Au Val-de-la-Haye, 250 tonnes d’acier pour faire tomber le grain plus doucement

Mis en service en septembre au Val-de-la-Haye, un portique à 4,2 millions d'euros vise à réduire les poussières du chargement des céréales, documentées depuis 2004.

Illustration - Portique céréalier au bord de Seine

Au Val-de-la-Haye, près de Rouen, un nouveau portique de 250 tonnes est entré en service en septembre 2026 pour charger les céréales dans les navires. Cet investissement de 4,2 millions d’euros repose sur une idée assez simple : empêcher le grain de tomber trop vite. Car sur les quais de la Seine, cette chute a longtemps produit des nuages de poussière jusque dans les jardins des riverains.

Charger un millier de tonnes à l’heure en limitant la poussière

Lorsqu’une grande quantité de blé tombe de plusieurs mètres dans la cale d’un navire, les grains entraînent de l’air et mettent en suspension leurs particules les plus fines. Le vent peut ensuite transporter ces poussières bien au-delà du quai.

Pour limiter le phénomène, le nouveau portique, fabriqué par l’allemand Neuero, utilise un système à accumulation de grain. Le principe consiste à maintenir une colonne de céréales dans le dispositif de descente, plutôt que de laisser les grains tomber librement. Ils sont ainsi déposés plus doucement, près de la surface du chargement.

Il faut maîtriser cette chute sans ralentir excessivement les opérations : le portique doit pouvoir charger de l’ordre d’un millier de tonnes par heure.

La technique est déjà utilisée ailleurs sur les quais rouennais. En 2019, Sénalia, qui exploite également le site du Val-de-la-Haye, a mis en service trois portiques anti-poussières à Grand-Couronne. Leur capacité cumulée atteint 3 000 tonnes par heure.

Des poussières mesurées dès 2004

Au Val-de-la-Haye, les nuisances sont anciennes et documentées.

Dès 2004, Air Normand, devenu depuis Atmo Normandie, avait installé des appareils de mesure dans le quartier de Quenneport, à une centaine de mètres du silo Lecureur. Pendant cette campagne, une pointe horaire de particules PM10 y a atteint 297 µg/m³, contre un maximum de 97 µg/m³ à la station du Palais de justice de Rouen sur la même période. Ces deux maxima n’ont pas nécessairement été enregistrés à la même heure.

Les plaintes ont continué. En juillet 2024, le média d’investigation Le Poulpe rapportait qu’une partie des activités du silo allait être suspendue sur décision préfectorale, en raison notamment des nuisances dénoncées par les habitants.

En 2018, la DREAL Normandie expliquait déjà les limites des systèmes de nébulisation, qui pulvérisent de fines gouttelettes d’eau pour rabattre les poussières. Leur efficacité variait selon les conditions météorologiques et les céréales chargées.

Le nouvel équipement vise à limiter la formation des poussières à la source, plutôt que de chercher uniquement à les rabattre après leur apparition.

Un chantier de 250 tonnes sur la Seine

Pour remplacer l’ancien portique, dont le démantèlement a commencé début 2026, il a fallu organiser une opération de manutention lourde.

Les éléments métalliques sont arrivés au printemps à Rouen, où ils ont été préassemblés sur le quai du Bassin aux Bois. Ils ont ensuite rejoint le Val-de-la-Haye par barges sur la Seine.

Sur place, l’entreprise Mediaco a mobilisé une grue Demag de 220 tonnes de capacité nominale pour lever et positionner les différentes sections de la structure, pesant au total 250 tonnes.

Le portique a été financé par Lecureur Silos, avec un pilotage des travaux assuré par Sénalia. L’installation comprend également un dispositif destiné à atténuer le bruit des bandes transporteuses reliant les silos.

Depuis septembre, le nouvel équipement est opérationnel. Son principe de fonctionnement est éprouvé sur d’autres terminaux, mais aucune mesure publique ne chiffre encore la réduction effective des poussières au Val-de-la-Haye.

Pour les habitants voisins, les prochains chargements fourniront un premier indice de son efficacité : la quantité de poussière retrouvée sur leurs fenêtres et dans leurs jardins.

Sources consultées
  1. HAROPA PORTAu Val-de-la-Haye, Sénalia met en service un nouveau portique pour le compte de Lecureur afin de réduire les émissions de poussières lors du chargement des céréales
  2. Air Normand, archives Atmo NormandieRapport d'étude E 04-07 : Mesures de poussières de céréales d'origine portuaire en agglomération rouennaise
  3. DREAL NormandieLa fin des poussières au Port de Rouen
  4. Le PoulpeÀ Rouen, les activités du silo de céréales Sénalia-Lecureur en partie suspendues, sur fond de dégradation de la qualité de l'air des bords de Seine
  5. JDL GroupeMediaco mobilise une 220 tonnes pour monter un portique céréalier de 250 tonnes !