
À Forges-les-Eaux, Apollinaire Composites & Technologies fabrique notamment des radômes, ces enveloppes qui protègent les antennes radar ou de communication, dans l’aéronautique et le spatial notamment. Leur particularité : résister aux contraintes extérieures tout en laissant passer les ondes électromagnétiques. Si l’enveloppe bloque ces ondes, l’antenne ne peut plus fonctionner correctement.
La PME du pays de Bray maîtrise déjà cette fabrication. Avec son nouveau programme de recherche SOCLE, entré dans sa phase opérationnelle le 25 août 2026, elle veut mesurer et comparer plus précisément les performances des composites face à plusieurs contraintes.
Quand améliorer une propriété risque d’en dégrader une autre
Un composite associe généralement des fibres de renfort et une résine. Modifier leur nature, leur proportion ou leur disposition peut améliorer la résistance à la chaleur, mais aussi changer le poids, la solidité ou la manière dont les ondes traversent la pièce.
Pour les fabricants de radômes, ce dernier paramètre est décisif. Mais les contraintes ne s’arrêtent pas là : les pièces peuvent également subir des frottements, des chocs ou des températures extrêmes.
Le problème identifié par SOCLE est le manque de données permettant de comparer systématiquement ces propriétés. Un matériau excellent sur un critère peut se révéler moins intéressant lorsqu’on examine toutes les exigences auxquelles il doit répondre.
Le programme doit donc constituer une base de données reliant les formulations, les procédés de fabrication et les résultats d’essais. Ces comparaisons doivent aider à choisir les matériaux qui combinent au mieux résistance mécanique, tenue au feu et transmission des ondes, selon l’usage prévu.
Des essais au feu jusqu’aux mesures radiofréquences
Pour mener ces recherches, Apollinaire travaille notamment avec le Groupe de physique des matériaux (GPM), associé à l’INSA Rouen Normandie, le laboratoire CIMAP et le fabricant de fils techniques FILIX.
Les essais prévus donnent une idée de la précision recherchée. Au GPM, les équipes doivent notamment étudier la tenue au feu des composites à l’aide d’un banc d’essai utilisant une flamme de kérosène. Des caméras et des méthodes d’imagerie permettront d’observer comment les échantillons se déforment et se dégradent.
Ces résultats seront croisés avec des mesures de comportement mécanique, de vieillissement et de transmission des ondes.
Le programme doit aussi renforcer les moyens de mesure radiofréquence. Un centre de compétences consacré à ces mesures sur les composites est envisagé, mais sa faisabilité reste à étudier.
Le lin normand soumis à l’épreuve du vieillissement
Autre piste, particulièrement intéressante dans une région productrice de lin : l’utilisation de fibres végétales dans certains composites.
Le CIMAP doit notamment étudier le vieillissement de composites contenant du lin après des dommages mécaniques et des expositions à des conditions accélérant leur dégradation. FILIX explorera de son côté de nouvelles possibilités de fabrication de fils techniques.
L’intérêt d’une fibre biosourcée ne suffit pas à garantir son aptitude à l’aéronautique. Il faut vérifier comment elle supporte l’humidité, les variations de température et les sollicitations mécaniques, puis comparer ses performances à celles des renforts existants.
La Région Normandie a attribué 693 950 euros d’aides à l’ensemble des partenaires, dont 367 396 euros de crédits européens. Apollinaire annonce, dans le cadre du programme, environ 250 000 euros d’investissements en équipements et recrutements, notamment pour renforcer ses capacités de caractérisation.
Prévue sur trois ans, cette recherche n’a pas encore livré de résultats chiffrés démontrant de nouvelles performances.
À Forges-les-Eaux, ces essais doivent donner aux ingénieurs de quoi choisir les fibres, la résine et leur assemblage selon les contraintes de chaque pièce.
Sources consultées
- Apollinaire Composites & TechnologiesApollinaire Composites & Technologies lance le projet SOCLE
- Apollinaire Composites & TechnologiesRadômes
- INSA Rouen Normandie / EURAXESSOffre de poste Ingénieur de Recherche au GPM, CNRS UMR 6634, Rouen
- CIMAP, CNRS / ENSICAENLe CIMAP partenaire du projet SOCLE sur les composites haute performance
- Région NormandieCommission permanente du 29 juin 2026, communiqué officiel