
À Oissel-sur-Seine, le chantier du parc photovoltaïque de la Sablonnière a commencé en septembre. Le site semble presque conçu pour accueillir du solaire : une ancienne emprise industrielle de la SNCF, polluée, proche du réseau électrique et sans mobiliser de terres agricoles. C’est précisément le type de terrain que l’État demande de privilégier pour les grandes centrales au sol. Le projet actuel doit occuper 10,3 hectares, atteindre 11,6 MWc et produire environ 12,5 GWh par an.
Seulement, « terrain dégradé » ne signifie pas terrain vide. L’évaluation environnementale réalisée en 2024 décrivait une ancienne carrière et zone de dépôt de déchets devenue boisée, ponctuée de clairières et de chemins. Les inventaires y avaient recensé 62 espèces animales protégées accomplissant tout ou partie de leur cycle de vie, dont l’Œdicnème criard. Le sol, lui, porte toujours l’héritage industriel : hydrocarbures, métaux, PCB et déchets enfouis.
La politique photovoltaïque française pousse depuis des années les projets vers les friches industrielles, délaissés ferroviaires et sites pollués afin d’épargner les terres agricoles et les espaces naturels. À Oissel, le site correspond précisément à ce critère foncier. Mais après des années sans activité, des habitats se sont aussi reformés. Un terrain peut donc être dégradé par son passé industriel tout en ayant acquis une valeur écologique réelle.
Cette recolonisation a compliqué l’autorisation. Le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel avait rendu un avis défavorable à la demande concernant les espèces protégées. Le préfet a finalement accordé la dérogation le 13 novembre 2024, assortie de prescriptions : suivi du chantier par un écologue, balisage des zones sensibles, barrières pour la petite faune, calendriers de travaux adaptés et mesures compensatoires au Madrillet. Leur coût, avec leur suivi, était évalué dans l’arrêté entre 850 000 et 920 000 euros hors taxes.
Le sol impose une autre série de précautions. Les terrassements peuvent remettre en circulation des polluants enfouis. Les terres retirées pendant les travaux ne peuvent pas toutes être réutilisées sur place : selon leur niveau de contamination, certaines doivent être évacuées vers une filière adaptée. Des dispositifs doivent aussi limiter le ruissellement et gérer les eaux de chantier. En 2024, l’Autorité environnementale soulignait encore l’absence d’une étude géotechnique approfondie dans le dossier disponible. Les documents publiés pour le lancement du chantier ne détaillent pas le choix technique final des fondations.
Le projet est désormais en construction, avec une exploitation prévue pendant trente ans. La difficulté tient à la remise en production d’un morceau de territoire que l’industrie a laissé pollué, mais que le vivant n’avait pas attendu pour réoccuper.
La surveillance écologique continuera d’ailleurs longtemps après le départ des engins. L’arrêté prévoit des inventaires sur le site aux années 1, 3, 5, 10, 15, 20, 25 et 30 de l’exploitation. À la Sablonnière, les panneaux vont donc produire de l’électricité sur une ancienne friche industrielle et ferroviaire, tandis que l’évolution de ce qui y vit devra être suivie pendant toute la durée du parc.
Sources consultées
- Projet photovoltaïque d’Oissel / VALOREM et SEM ASERLe chantier du projet photovoltaïque d’Oissel-sur-Seine est lancé
- Mission régionale d’autorité environnementale de NormandieConstruction d’un parc photovoltaïque au sol sur la commune de Oissel (76), avis n° 2024-5347
- Préfecture de la Seine-Maritime / DREAL NormandieArrêté portant dérogation à la protection réglementaire d’espèces animales protégées pour la centrale solaire d’Oissel
- Ministère de la Transition écologiqueSolaire
- Ministère de la Transition écologiqueGuide de l’instruction des demandes d’autorisation d’urbanisme pour les centrales photovoltaïques au sol