
Un trampoline, une table de ping-pong, un vélocipède : ce dimanche au Fort de Tourneville, chacun peut essayer de les faire sonner. De 14 h à 18 h, la Kermesse(s) du collectif COAX transforme ces objets en stands musicaux, entre Acid Trampoline, Ping Pong Noise, pendules motorisées et machines détournées. Le public peut jouer, écouter ou laisser les artistes reprendre les installations pour improviser avec elles. L’accès est gratuit.
Cette drôle de fête résume assez bien le travail mené par PiedNu au Havre depuis près de trente ans : rendre les musiques expérimentales moins intimidantes en commençant par les mains et les oreilles. Créée en 1998 par trois passionnés du son, l’association occupe depuis 2008 une alvéole du Fort. Elle y organise chaque mois des séances collectives autour d’une table de « lutherie sauvage » et intervient aussi dans des écoles, des associations de quartier, les Fabriques ou en milieu carcéral.
Pour Les Oiseaux, son festival annuel, pousse cette méthode hors de sa salle. Ce dimanche, le concert de midi de Rie Nakajima et Lê Quan Ninh au MuMa affiche déjà complet. L’artiste japonaise travaille avec de petits moteurs et des objets usuels ; le percussionniste traite sa grosse caisse comme une surface de résonance, avec baguettes, objets ou mains.
À 16 h, la musique quitte même les bâtiments. La clarinettiste Xavière Fertin part de la station de tram Saint-Roch pour une balade sonore dans Le Havre : sa clarinette se mêle aux moteurs, réverbérations et silences rencontrés en chemin. La promenade est gratuite et se réserve sur la billetterie de PiedNu. À 18 h, Michel Doneda et Lê Quan Ninh doivent refermer le festival à PiedNu avec saxophone soprano et percussions.
Au Havre, cette manière de faire de la musique s’est installée dans une ancienne fortification. Élevé entre 1854 et 1860 pour défendre la ville, le Fort de Tourneville a ensuite servi de caserne avant d’être racheté par la Ville en 1989. Il abrite aujourd’hui 23 associations et structures culturelles ou artistiques, parmi lesquelles PiedNu, le Tetris, des studios, des plasticiens et des ateliers.
L’ancienne fortification accueille donc ce dimanche des enfants et des adultes venus frapper, pédaler, rebondir ou simplement tendre l’oreille. À Tourneville, un trampoline n’a pas besoin de cesser d’être un trampoline pour devenir aussi un instrument.