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Au Havre, classer un centre-ville ne l’empêche pas de changer

Au Havre, réparer les bétons, végétaliser les rues et construire encore suppose de préserver ce qui rend le centre reconstruit reconnaissable.

Illustration du centre reconstruit du Havre

Au Havre, le patrimoine mondial n’est pas cantonné à quelques monuments. Il comprend des rues où l’on marche, des commerces, des logements, des balcons à réparer et des places où il faut décider combien d’espace laisser aux voitures, aux vélos ou aux arbres. C’est cette ville ordinaire, reconstruite après-guerre par Auguste Perret et son Atelier, que la Maison du patrimoine propose de regarder à partir du 3 octobre avec l’exposition gratuite « Vivre le patrimoine mondial ». Le site classé par l’UNESCO couvre 133 hectares et comprend aussi les immeubles d’habitation ordinaires du centre reconstruit, pas seulement ses grands axes et ses bâtiments emblématiques.

Après les vingt ans de l’inscription célébrés en 2025, la Ville prépare l’actualisation du plan de gestion du centre reconstruit, adopté en 2018, et annonce une concertation publique durant l’automne. L’exposition s’intéresse précisément aux sols, aux rues, aux plantations, aux usages et aux paysages. Les modalités permettant de participer à cette nouvelle concertation ne figurent toutefois pas encore sur une page dédiée publiée par la Ville.

À quelques rues de là, l’îlot S85 donne une dimension matérielle à cette réflexion. Commencé en 1949 à l’angle de la place de l’Hôtel-de-Ville, cet ensemble fait aujourd’hui l’objet d’une restauration portant notamment sur ses bétons et ses ferronneries, avec la nécessité de concilier l’architecture d’origine et les techniques actuelles. Le 24 novembre, l’architecte Maxime Brunel viendra présenter ce chantier à la Maison du patrimoine. Une ville de béton classée vieillit elle aussi, jusque dans ses façades et ses copropriétés.

Elle change aussi au niveau du trottoir. Dans le quartier Saint-François, la place du Père-Arson et la rue de Bretagne ont rouvert en juillet après plus d’un an de travaux. Leur réaménagement fait partie d’un programme de dix hectares allant du Chillou à la rue de Paris. Habitants, commerçants et associations avaient été associés aux études par des ateliers, des réunions et des balades urbaines. Les aménagements donnent notamment davantage de place aux piétons et au végétal autour des bassins, dans des espaces longtemps largement occupés par la voiture.

Les constructions futures sont elles aussi encadrées par cette attention au paysage urbain. En 2026, le Comité du patrimoine mondial a relevé l’introduction dans le PLUi d’une limite de 25 mètres et sept étages dans le périmètre classé et sa zone tampon, avec une exception à 28 mètres sur un terrain dans l’axe du bassin du Commerce. Il demande aussi de poursuivre les études de visibilité près des bassins de la Barre et Vauban et recommande une évaluation patrimoniale pour les projets aux abords du World Trade Center.

L’exposition de la Maison du patrimoine, ouverte jusqu’au 29 novembre au 181 rue de Paris, part justement de ces éléments quotidiens. Dans un centre-ville à la fois patrimoine mondial et lieu de vie, sa transformation se décide aussi dans le choix d’un revêtement, d’un arbre ou d’une façade.

Sources consultées
  1. Ville du HavreVivre le patrimoine mondial : explorons les espaces publics du centre reconstruit
  2. UNESCOLe Havre, the City Rebuilt by Auguste Perret
  3. UNESCODecision 48 COM 7B.33
  4. Ville du HavreRequalification des espaces publics du centre reconstruit
  5. Ministère de la CultureRénover le patrimoine de la Reconstruction : visite du chantier de l’îlot S85