
À Luneray, les métiers à tisser ne sont pas derrière une vitrine. Ce mercredi 30 septembre, le Tissage du Ronchay ouvre ses ateliers au public pour une visite de 14 h 30 à 16 h. D’autres suivront jusqu’au 22 décembre. Au milieu des bâtiments de briques, les machines continuent de produire.
L’histoire industrielle du lieu remonte à 1845, lorsque Daniel Lardans rassemble des tisserands qui travaillent alors dans les chaumières du pays de Caux. Les premiers ateliers du Ronchay apparaissent vers 1900 avec l’électricité. Aujourd’hui encore, l’entreprise produit des toiles de jute, de lin, de coton et d’autres fibres naturelles. Son site indique disposer d’une quarantaine de métiers à lances Dornier.
Cette continuité a pourtant failli s’interrompre. En 2020, face au recul du textile français et faute de succession, la famille envisage la fermeture. Marion Diarra-Lardans, alors enseignante et représentante de la sixième génération, rejoint son père et son oncle dans l’entreprise. Un reportage diffusé par TF1 en juillet 2026 la montre toujours au Ronchay et revient sur ce sauvetage. Les données d’entreprise actualisées en septembre confirment que la société est active et que Marion Diarra figure toujours parmi ses dirigeants, avec Nicolas Lardans.
En septembre 2020, après plus de dix ans d’arrêt, le Ronchay recommence aussi à tisser du lin. Les programmes de visites publiés en 2026 précisent que ce projet utilise du lin cultivé et teillé localement. Une partie de la fibre travaillée dans l’usine provient donc de la filière locale.
En 2024, la Seine-Maritime comptait 43 700 hectares de lin textile, sur 93 200 hectares en Normandie. À elle seule, la région représentait 59 % des surfaces françaises et 62 % de la production nationale. Ces chiffres n’impliquent pas que tout le lin normand passe par Luneray. Ils donnent en revanche la mesure du paysage agricole dans lequel subsiste cet atelier : dans l’un des grands bassins français de la fibre, on peut encore la voir devenir tissu.
La visite permet précisément d’observer ce passage de la fibre à la toile, depuis la préparation des fils jusqu’aux métiers en fonctionnement. Pour les visites d’automne, le tarif annoncé est de 10 € par adulte, 8 € de 15 à 18 ans et gratuit pour les moins de 15 ans. Les lecteurs peuvent consulter les créneaux de visite prévus en octobre, novembre et décembre.
À Luneray, les champs de lin ne racontent donc qu’une moitié de l’histoire. L’autre se trouve rue des Poitreaux, dans les bobines et le claquement régulier des métiers qui, eux, n’ont pas encore rejoint le musée.
Sources consultées
- Seine-Maritime TourismeVisite du Tissage du Ronchay
- Tissage du RonchayNotre histoire
- TF1 Info« Je me suis dit non, ce n'est pas possible » : en Normandie, une entreprise historique de tissage de lin sauvée de la fermeture
- Normandie Tourisme / Office de Tourisme Terroir de CauxRandonnée découverte du Tissage du Ronchay
- DRAAF NormandieAgreste Essentiel n°28, Filière lin textile