
Mardi 8 septembre, douze passagers partis de Shoreham ont débarqué à Fécamp après environ huit heures de mer. Jusqu’au 13 septembre, SailLink doit effectuer cinq traversées entre la Seine-Maritime et le Sussex à bord de Mer Agitée, avec seulement douze places par voyage.
Sa particularité tient autant à ce qu’il laisse à terre qu’à son mode de propulsion. Pas de voitures ni de pont-garage : SailLink embarque des piétons et jusqu’à huit vélos depuis les ports de plaisance. Les contrôles de passeport sont organisés au port, à l’arrivée comme au départ. À Fécamp, les cyclistes retrouvent directement la Vélomaritime. Côté anglais, Shoreham offre le même principe d’arrivée au cœur d’une petite ville portuaire.
Pour franchir les quelque 130 kilomètres qui séparent Shoreham de Fécamp, SailLink utilise un engin assez éloigné du ferry classique. Mer Agitée mesure 18,28 mètres et porte 190 m² de voiles. Conçu en réemployant des éléments de bateaux de course au large, le catamaran dispose aussi de deux moteurs hors-bord de 300 ch, utilisés notamment pour les manœuvres ou lorsque le vent manque. Sa capacité annoncée en navigation hauturière est précisément de douze personnes.
Le billet Fécamp-Shoreham coûte 220 livres l’aller, pour environ huit heures de traversée. Un Dieppe-Newhaven classique prend environ deux fois moins de temps et emporte des centaines de voyageurs avec leurs véhicules. SailLink ne cherche donc pas, à cette échelle, à reproduire un ferry en plus petit. Son offre vise plutôt des voyageurs pour lesquels la journée en mer et la possibilité de débarquer avec son vélo font partie du trajet. Au 10 septembre au matin, les traversées des 8, 10 et 13 septembre sont indiquées complètes, tandis que celle du 12 dispose encore de quelques places, qu’il est possible de réserver auprès de SailLink. Le pilote représente au maximum soixante voyageurs sur toute la semaine.
Le nombre de passagers compte aussi sur le plan réglementaire. L’Organisation maritime internationale classe généralement comme navire à passagers un bâtiment transportant plus de douze passagers sur une liaison internationale. Au Royaume-Uni, les règles applicables aux petits navires commerciaux en mer retiennent elles aussi un maximum de douze passagers. Ce seuil ne suffit pas à expliquer le choix de SailLink, puisque Mer Agitée est lui-même donné pour douze personnes en version hauturière, mais il montre pourquoi changer d’échelle ne consisterait pas simplement à ajouter quelques sièges.
SailLink possède déjà un début d’expérience sur la Manche. En 2025, sa liaison Douvres-Boulogne a transporté 465 passagers et 135 vélos ; selon les chiffres communiqués par l’entreprise à Euronews, près de 70 % des traversées ont été effectuées uniquement à la voile. Fécamp sert cette semaine à tester une seconde liaison, plus longue, avec un bateau différent et des arrangements portuaires montés pour l’occasion.
Le pilote ne dira pas encore si une ligne régulière Fécamp-Shoreham peut être rentable : SailLink ne publie ni coût d’exploitation ni seuil de remplissage, et ne promet aucune saison suivante. Mais il permet déjà de tester une idée plus précise que celle d’un simple « ferry à voile » : faire fonctionner une liaison internationale de passagers avec la logistique d’un petit bateau et de deux ports de plaisance. Jusqu’à dimanche, cette expérience se joue à l’échelle de douze personnes à la fois, sur le Grand Quai de Fécamp.