
La publication des bilans de deuxième année ne montre pas de retour rapide à la normale sur la Côte d’Albâtre. Huit unités de distribution restent sous dérogation pour des métabolites de pesticides et, depuis un arrêté du 19 août, Saint-Valery-en-Caux et une partie de Néville forment un neuvième secteur concerné. Au total, 46 communes sont désormais concernées par ces dérogations.
Les nouvelles séries donnent surtout la mesure de la persistance dans les nappes. Entre avril 2025 et avril 2026, les bilans comptabilisent treize mois de dépassement de la limite réglementaire de 0,1 µg/L pour la chloridazone desphényl dans l’eau brute de Cany-Barville Nouveau, de Sotteville-sur-Mer et de Grainville-la-Teinturière. À Cany-Barville Nouveau, sa concentration moyenne atteint 0,672 µg/L. À Sotteville, elle est de 0,516 µg/L et à Grainville de 0,425 µg/L. Plusieurs autres métabolites restent également au-dessus de leur limite sur de longues périodes.
Ces mesures portent sur l’eau brute des forages, pas directement sur celle qui arrive au robinet. Les dérogations permettent de maintenir la distribution tant que les concentrations restent sous les valeurs maximales fixées par l’État. Pour le nouveau secteur de Saint-Valery, environ 4 000 habitants et 900 m³ par jour dépendent du forage du Four à Chaux. L’arrêté fixe un plafond de 1 µg/L et constate qu’aucune solution alternative n’existe actuellement. L’eau peut continuer à être consommée sans restriction d’usage.
La persistance de ces molécules conduit désormais la collectivité à préparer des solutions de traitement. À Cany-Barville, une étude de faisabilité achevée en novembre 2025 recommande une usine commune à cinq forages. Le document chiffre l’acquisition foncière à 20 000 euros HT, les études et la maîtrise d’œuvre à 420 000 euros, l’usine à 6,7 millions et les réseaux d’eau brute et traitée à 1,525 million. Soit près de 8,7 millions d’euros HT. Au dernier état publié, daté du 6 août, l’analyse des offres de maîtrise d’œuvre était en cours.
La Côte d’Albâtre travaille en parallèle sur les bassins d’alimentation des captages pour réduire les pollutions à la source, mais ces actions mettent du temps à produire leurs effets. Pour assurer la conformité entre-temps, il faut traiter l’eau, modifier les réseaux ou disposer d’autres ressources. À Sotteville, une nouvelle étude technico-économique doit démarrer en septembre. À Grainville, la collectivité a déjà retenu comme solution de secours une alimentation depuis la future usine des forages de Cany.
Le phénomène dépasse la Côte d’Albâtre. Un rapport interministériel publié en 2026 constate que la grande majorité des non-conformités actuelles liées aux pesticides provient de substances désormais interdites et de leurs métabolites. Pour la seule chloridazone, 1 415 unités de distribution étaient encore non conformes en France en 2024. Le rapport décrit la même combinaison de réponses : protéger les captages quand c’est encore possible et construire des traitements lorsque la pollution ancienne ne disparaît pas assez vite.
À Saint-Valery, cette temporalité est déjà inscrite dans l’arrêté : étude de faisabilité en 2026-2027, maîtrise d’œuvre en 2027-2028, puis éventuels travaux entre 2029 et 2031. Pendant ces années, le Four à Chaux continuera d’alimenter Saint-Valery et Néville sous contrôle renforcé.
Sources consultées
- Communauté de communes de la Côte d’AlbâtreBilan de la première année de suivi des dérogations sur les métabolites de pesticides, page actualisée avec les bilans de deuxième année
- Communauté de communes de la Côte d’AlbâtreÉtat d’avancement au 06/08/2026 – UDI Cany-Barville
- Communauté de communes de la Côte d’AlbâtreÉtat d’avancement au 06/08/2026 – UDI Sotteville-sur-Mer
- Préfecture de la Seine-Maritime / ARS NormandieArrêté du 19 août 2026 portant dérogation pour le captage du Four à Chaux à Saint-Valery-en-Caux
- IGEDD, IGAS et CGAAERDépollution de l’eau potable : stratégies et pistes de financement