
Sur des terrains détachés de l’ancienne raffinerie Petroplus, à Petit-Couronne, les colonnes, torches et silos de DEZiR pourraient atteindre 60 mètres. Le plan local d’urbanisme les limite aujourd’hui à 20 mètres. La Métropole Rouen Normandie consulte le public jusqu’au 30 septembre sur ce changement de règle.
Le relèvement ne concernerait pas les bâtiments, toujours plafonnés à 20 mètres. Il serait réservé aux équipements techniques, dans une emprise maximale de 15 000 m², soit 5 % de l’emprise du projet située à Petit-Couronne. Leur emplacement précis n’est pas encore arrêté : il sera fixé à mesure que progresseront les études d’ingénierie.
Cette modification anticipée du PLU permet surtout de ne pas attendre sa révision générale, dont l’approbation est annoncée pour 2029. Ce calendrier arriverait trop tard pour DEZiR, qui vise une mise en service en 2030. La Métropole indique d’ailleurs limiter désormais ce type de modification aux projets urgents déjà entrés dans une phase préopérationnelle.
La règle ne changerait que sur quelques parcelles, pour une installation d’une tout autre échelle. DEZiR doit produire jusqu’à 81 000 tonnes par an de carburant d’aviation de synthèse. La notice métropolitaine évalue désormais l’investissement à 1,5 milliard d’euros. Le projet demanderait jusqu’à 399 MW de puissance électrique, avec un raccordement dédié au réseau de RTE.
L’ancienne emprise pétrolière n’a donc pas été choisie comme un simple terrain vide. Elle réunit une alimentation électrique de forte puissance, la proximité de la Seine pour l’eau industrielle et l’accès à l’oléoduc Le Havre-Paris, qui dessert les aéroports franciliens. Le CO₂ utilisé par l’usine serait capté à Alizay, dans l’Eure, puis envoyé à Petit-Couronne par une canalisation d’une dizaine de kilomètres.
Le paradoxe est assez net : pour produire un carburant destiné à réduire l’usage du pétrole dans l’aviation, DEZiR s’appuie sur les réseaux, les canalisations et le foncier laissés par une raffinerie. Le territoire industriel de la vallée de la Seine change de production, mais conserve une grande partie de son ossature.
L’échéance européenne accentue la pression sur le calendrier. À partir de 2030, les carburants synthétiques devront représenter au moins 1,2 % du carburant fourni dans les aéroports de l’Union européenne. Notre décryptage sur l’accélération des projets industriels en Seine-Maritime détaillait déjà cette course d’alignement entre règles d’urbanisme, réseaux locaux et échéances nationales ou européennes.
La modification du PLU permettrait seulement d’implanter les équipements plus hauts. DEZiR devra encore obtenir ses autorisations industrielles et faire évaluer ses effets sur l’environnement, la santé et le paysage.
Le choix métropolitain consiste donc à adapter la règle sans relever le plafond de toute la zone industrielle. Les habitants peuvent consulter le dossier et déposer une observation sur la page officielle de la concertation. Jusqu’au 30 septembre, la concertation porte sur les 15 000 m² de Petit-Couronne où DEZiR demande à dépasser de 40 mètres la hauteur aujourd’hui autorisée.
Sources consultées
- Métropole Rouen NormandieModification n°12 du PLU métropolitain – Concertation publique
- Métropole Rouen NormandieNotice de présentation et motifs des changements apportés, modification n°12 du PLU
- Commission nationale du débat publicUsine de production de carburant de synthèse dans l’agglomération de Rouen, DEZiR
- Commission européenneReFuelEU Aviation