
Vingt conteneurs de batteries pourraient prendre place au lieu-dit Le Mesnil-Hodeng, à Servaville-Salmonville, à proximité du poste électrique de Cazerie. Porté par la société CBCAZ, le projet vise une puissance de 50 MW et une capacité de 100 MWh. Une liaison souterraine de 200 mètres est prévue pour le relier au réseau.
La centrale ne produirait pas d’électricité. Elle pourrait, en théorie, absorber ou restituer sa pleine puissance pendant deux heures, notamment pour corriger rapidement les déséquilibres du réseau, stocker l’électricité lorsqu’elle abonde, puis la restituer pendant les pointes. C’est moins une réserve pour plusieurs jours qu’un amortisseur rapide. La proximité du poste de Cazerie limite la longueur du raccordement.
Les grands projets de batteries recherchent ainsi les abords des postes à haute tension. Fin 2025, RTE recensait 1,6 GW de batteries en service en France, contre environ 14 GW de projets déjà engagés dans une procédure d’accès au réseau. Près de 90 % de cette puissance en attente concernait le réseau de transport. Tous ces projets ne seront pas construits, mais leur taille augmente nettement.
À Cazerie, l’avantage électrique du site rencontre toutefois sa limite foncière. L’installation occuperait 8 800 m² de parcelles agricoles. Son chemin d’accès ajouterait 990 m² sur la commune voisine de La Vieux-Rue. Au total, un peu moins d’un hectare perdrait son usage agricole pendant l’exploitation du site.
La société CBCAZ avait obtenu tacitement son permis de construire le 10 janvier 2026. Le préfet de la Seine-Maritime l’a retiré le 9 avril, estimant notamment que la centrale ne pouvait pas être considérée comme un équipement collectif admis en zone agricole et qu’elle compromettait l’activité agricole du terrain.
Le 6 juillet, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a suspendu ce retrait. Il a relevé un doute sérieux sur sa légalité et ordonné au préfet de délivrer sous quinze jours un certificat provisoire de permis tacite. Le projet bénéficie donc de nouveau, provisoirement, de ce permis dans l’attente du jugement au fond.
Le code de l’urbanisme autorise certains équipements collectifs en zone agricole lorsqu’ils restent compatibles avec l’activité agricole et la préservation des paysages. À Cazerie, la difficulté tient à cette compatibilité : la batterie contribuerait à l’équilibre du réseau, mais son emprise ferait disparaître l’usage agricole des parcelles pendant une vingtaine d’années.
L’État a décidé en août 2025 de ne pas soumettre le projet à évaluation environnementale, après un examen au cas par cas. Le projet relève néanmoins du permis de construire et d’une déclaration au titre des installations classées. Le chantier est estimé à 18 à 24 mois, mais ni son coût, ni l’attributaire du système de batteries, ni la date de mise en service n’ont été rendus publics.
Le jugement au fond devra apprécier la qualification de l’installation et sa compatibilité avec l’activité agricole. À Cazerie, les vingt conteneurs ont retrouvé une place provisoire dans le dossier d’urbanisme. Ils n’en ont pas encore dans le paysage.
Sources consultées
- Tribunal administratif de Rouen, décision diffusée par Pappers JusticeTribunal administratif de Rouen, 6 juillet 2026, nos 2603168 et 2603169
- DREAL NormandieDemande d’examen au cas par cas n° 2025-6006
- Préfet de la région NormandieDécision du 8 août 2025 relative à l’évaluation environnementale du projet
- Bulletin officiel des annonces des marchés publicsAvis rectificatif n° 25-132327, fourniture et maintenance d’un BESS de 50 MW et 100 MWh
- RTEBilan électrique 2025, production et stockage